Théâtre

Mille francs de récompense, du bon Laurent Pelly

13 mai 2011 | PAR Christophe Candoni

Fin de saison pour le prolifique metteur en scène Laurent Pelly, incontournable sur les plateaux parisiens cette année avec Funérailles d’hiver au Rond-Point, Jules César à Garnier et L’Opéra de quat’ sous à la Comédie-Française, des spectacles diversement appréciés par la rédaction. Le Théâtre de l’Odéon reçoit une belle proposition qui a vu le jour il y a déjà plus d’un an au Théâtre national de Toulouse qu’il dirige, sa mise en scène de Mille francs de récompense. La pièce de Victor Hugo est géniale, drôle et intelligente, mais si peu jouée. Avec une troupe au diapason dans l’humour et un Glapieu remarquable (Jérôme Huguet), Laurent Pelly offre un grand spectacle, le traitement est léger mais plaisant, pour tous les publics, et c’est beau à voir.

Laurent Pelly met le savoir-faire qu’on lui connaît pour rendre sur le plateau le souffle romanesque et la fantaisie du texte d’Hugo. Il s’amuse des rebondissements et des révélations improbables, de l’intrigue qui repose sur un secret terrible, sur des amours contrariés, sur une lutte permanente des individus contre la société. Il fait aussi entendre la parole essentielle et toujours actuelle d’un auteur libre et engagé sur l’anéantissement des despotismes et de l’ignorance, le désir de liberté pour le peuple, la croyance éclairée en l’avenir : « Plus de pourpre en haut, plus de haillons en bas » ! Les belles trouvailles scénographiques de Chantal Thomas donnent à voir sans pesanteur les différents lieux de la pièce qui se passe sous la Restauration dans le Paris du 19e siècle. En hiver, s’y croisent les pauvres, errant dans le froid nocturne et les plus aisés. Les premiers sont en quête de liberté, les seconds à la recherche de divertissement et de jeu au bal clinquant des 9 muses. Pelly propose une représentation carnavalesque des riches, sous le masque de leur déguisement, un autre masque, social celui-là. Glapieu est désargenté, bandit mais pas méchant, venu à Paris pour essuyer ses frasques d’antan, toujours pourchassé, traqué par la police à ses trousses, « Chien de sort ! » s’exclame-t-il, il trouve refuge en entrant par effraction chez une jeune fille dont le grand-père, malade, est sur le point de mourir et les siens dans la misère sous le joug d’huissiers sans pitié et du machiavélique Rousseline (Laurent Meininger dans une drôle composition). Il veut venger l’honnêteté contre la bêtise des parvenus et le manque de scrupule des puissants, députés et magistrats. Simple gueux, il déjoue les baratins d’une bourgeoisie canaille et devient le sauveur de cette humble famille en prenant, par un concours de circonstances, les habits d’un honnête homme. Jérôme Huguet est extrêmement rapide, volubile, plein de malices, de drôlerie et d’insolence, surtout dans les apartés. A l’aise comme un funambule sur les toits de Paris, pauvre errant sous les flocons de neige dans les Enfers de Paris, ou dandy dans le salon rouge du baron de Puencarral, il mène la danse. La représentation est enlevée malgré un démarrage un peu lent, comporte quelques facilités aussi, c’est parfois trop indiqué, mais le plaisir d’entendre cette pièce servie ainsi, avec ces comédiens, tous bons, c’est déjà formidable. « Liberté et bonheur pour tous » nous dit Hugo…

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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