Théâtre

Mathieu Bauer à côté de Shock Corridor

Mathieu Bauer à côté de Shock Corridor

13 janvier 2017 | PAR Christophe Candoni

Au Nouveau Théâtre de Montreuil et avec les jeunes et talentueux comédiens issus de la promotion sortante du TNS, Mathieu Bauer aborde Shock Corridor. Le film noir de Samuel Fuller est porté à la scène sous la forme improbable d’un cabaret fanfaronnant qui affaiblit la violence et la revendication impitoyablement crues du propos.

La cruelle descente aux enfers de l’ambitieux Johnny Barett dans les méandres de la folie humaine est un édifiant exemple du danger à contrefaire. Pour élucider la vérité sur un mystérieux meurtre survenu dans un hôpital psychiatrique, le journaliste assoiffé de gloire se fait passer pour un malade névrotique. Il s’invente des relations incestueuses avec une sœur imaginaire et se fait interner. Son immersion dans l’asile au plus près des patients qui déteignent sur lui, les décharges d’électricité et le lourd traitement auquel il est soumis finiront par le rendre vraiment fou. Au cinéma, tout se passe dans le décor unique et sordide d’un long couloir nommé la rue et réservé à la promenade des malades, un lieu d’effroi et de psychose où le protagoniste interrogera trois témoins cinglés. Leurs accès de folie ne dissimulent pas un regard franchement lucide et éclairé sur la société et leur environnement.

La sortie du film américain en 1963 fait l’effet d’un choc. La matière est aussi dense que perturbante. Mathieu Bauer, qui met en scène les séquences de manière distanciée et appuyée, s’intéresse autant à l’objet qu’à son « à côté ». Sur scène, le réalisateur se présente sous les traits d’une jeune femme charismatique à la voix capiteuse. En fumant le cigare, elle raconte et défend son projet artistique et brasse de nombreuses références biographiques et cinématographiques. Les comédiens qui l’entourent sont doués et débordants d’énergie. Certains d’entre eux repérés dans Stoning Mary, un spectacle particulièrement fort mis en scène par Rémy Barché, possèdent une extrême justesse qui bouleverse.

Metteur en scène et instrumentiste, Mathieu Bauer réalise une performance chorale et très musicale, puisque les sonorités troubles et électriques d’une composition cacophonique signée Sylvain Cartigny ont la charge de transcrire à grands fracas et sur un rythme effréné les déréglements de l’esprit et le chaos carcéral. Texte, images et sons coexistent avec inventivité mais la pièce n’évoque pas suffisamment puissamment le climat dur et suffocant du film.

Photo © Jean-Louis Fernandez

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