Théâtre

Marina Foïs, divine Harper Regan au Rond Point

Marina Foïs, divine Harper Regan au Rond Point

21 janvier 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le metteur en scène Lukas Hemleb a fait ses armes en Allemagne et récemment en France à l’Odéon, à la MC93 ou encore au T2G. Le théâtre du Rond Point accueille sa dernière mise en scène archétypale du classique-contemporain. Harper Regan donne à Marina Foïs l’occasion de développer un rôle qu’elle maitrise, celui d’une femme au bord de la crise de nerf.

Cette histoire se joue au Nord. D’un auteur anglais, Simon Stephens , la pièce raconte l’histoire de Harper, une quadra au prénom de garçon, au boulot de mec et à la gouaille assurée. Elle a un mari « au foyer », Eric, et une ado genre petit génie qui passe son bac, Sarah. Le père d’Harper est mourant, quand elle demande à son boss quelques jour de congés, il refuse. L’employée modèle craque, claque tout et s’enfuit deux jours pour retourner aux sources

Le casting est absolument juste. Marina Foïs est une évidence en femme sexy , crevée et juste ce qu’il faut de paumée. Elle ne lâche pas son personnage de Nora dans Maison de Poupée où elle excellait dans la mise en scène de Martinelli. Décidemment, le théâtre du grand froid l’habille bien. Gérard Desarthe joue les pervers et les infidèles dans un cynisme déboussolant. Jolie révélation , à tout juste 19 ans, l’actrice Alice de Lencquesaing s’essaie avec succès au théâtre. Son regard qui riboule ne peut que séduire le public.

Dans un décor vitré, posé sur un moteur le faisant tourner, les espaces se transforment grâce au ballet des techniciens. Il devient le bureau du patron, l’appartement de la famille, l’hôpital où le père meurt, le bar où Harper se bourre la gueule ,harcelée par un journaliste très lourd, la chambre d’hôtel où elle s’évade dans les bras d’un autre, le salon de sa mère à qui elle ne parle plus depuis deux ans, le jardin de sa maison où l’heure de la réparation sonne.

Le texte est écrit  en langage extrêmement parlé ce qui renforce le sentiment de proximité avec le rôle principal. Le décor qui tourne et  l’eau qui coule sans cesse sont autant de symboles du temps qui file en s’accélérant. Harper se réveille un jour, elle a 41 ans qui pèsent comme mille. Elle fuit deux jours qui semblent des années. La confrontation est permanente entre l’âge réel et ressenti. Sa mère se sent comme à 30 ans, et Harper agit, 48h, comme une adolescente, ayant même un coup de cœur pour un garçon de 20 ans.

« Harper Regan' » est un spectacle au thème devenu classique du statut des femmes aux journées sans fin. Le CDN de Montreuil propose actuellement un festival intitulé « Que deviennent les femmes » et Maison de Poupée était la pièce la plus montée en 2010. Signe du temps, Harper Regan retombe sur ses longues jambes agrémentées de hauts talons en prenant le temps, violement, de se retrouver pour mieux rentrer à la maison, dans de nouvelles dispositions. Un spectacle sous forme de manifeste jubilatoire sur le droit d’envoyer tout valser de temps à autre.

Le théâtre du Rond-Point fait en heureux choix en assumant une pièce à la mise en scène et à la direction d’acteurs totalement contemporaines. Seul bémol, les noirs entre les changements de décors relâchent l’attention du public et autorisent les murmures à monter dans la salle. Dommage face à une telle qualité de jeu et de scénographie.

(c) DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

5 thoughts on “Marina Foïs, divine Harper Regan au Rond Point”

Commentaire(s)

  • Loïc

    Je viens de voir la pièce, c’est long, anecdotique, sans consistance, sans matiére, dont le sujet reste vague et quotidien. La langue est pauvre de sens, dans un réalisme proche d’une discussion entre voisins, c’est chiant, sans poésie, sans style, sans force. On peut peut rien retenir que l’ennui qui envahie peu à peu le plateau, et offre à Marina Foïs l’occasion de rejouer Sophie Pétoncule en plus triste.
    Voilà une de ces piéces pseudo contemporaine intello, sans vie et sans humour, qui vieillit déjà mal. Heureusement, il y a encore Koltés, Genet, Maetelrlink et tant d’autres auteurs qui peuvent nous faire réver. Il y a surement des auteurs vivants de la même qualité, de la même force, mais voilà, on les préfére à des auteurs qui ne dérangeront jamais les CDN, Les metteurs en scénes, et les institutions. On préfére aux auteurs de génie, la plus douce des médiocrité. Et en plus, c’est anglais… Heureusement pour eux, ils ont eu shakespeare.

    Voilà.

    Coté mise en scéne, scénographie, c’est trés « année 90 ».

    janvier 21, 2011 at 23 h 54 min
  • esther

    Le sujet n’est pas anectodicte, il est essentiel et fait l’objet d’un festival en ce moment.
    La mise en scène si on doit la dater se place dans les années 2000, avec le lancement d’Ostermeir en 2003 et reste trés actuelle ( cf I demoni à l’odeon). Pas de pseudo contemporain ici, mais une mise en scène résolument moderne et nordique qui sait manier les silences et les postures des comédiens. Un gros coup de coeur. Mais bon, les gouts et les couleurs ne se discutent pas!

    janvier 22, 2011 at 2 h 27 min

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