Théâtre

Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier montent « L’entêtement » entre fiction historique, polar et comédie noire

Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier montent « L’entêtement » entre fiction historique, polar et comédie noire

12 juillet 2011 | PAR Christophe Candoni

Marcial di Fonzo Bo, Elise Vigier et la compagnie des Lucioles présentent à Vedène pour le Festival d’Avignon leur nouvelle création, « L’entêtement » de Raphaël Spregelburg, donnée en alternance avec la reprise de « La Paranoïa », une autre pièce du même auteur (voir notre critique). Les deux textes font partie de L’Heptalogie, une série de sept pièces imaginées à partir des Sept Péchés capitaux de Jérôme Bosch. Quand Di Fonzo Bo s’intéresse à un auteur, il aime en parcourir l’œuvre, se plonger dans son univers pour un bon moment. On repense à Copi dont il a proposé au moins cinq textes. De son compatriote argentin Rafael Spregelburd, découvert à Buenos Aires et rencontré en Argentine, c’est la quatrième pièce qu’il traduit, adapte, met en scène et joue depuis 2009.

Que s’est-il passé entre 17 et 18 heures, à Turis, un petit village près de Valences, en 1939, au moment où la guerre civile espagnole semble se terminer sur une défaite, dans la demeure d’un commissaire de police ? La pièce y répond à partir d’une construction particulièrement originale puisqu’elle raconte la même histoire vécue par des personnages différents dans trois lieux simultanément (le salon, la chambre de la fillette, et le jardin). Le même laps de temps est donc joué successivement trois fois de suite en adoptant un changement de focalisation.  Comme dans un feuilleton policier, le spectateur est plongé dans un suspens constant, se voit révéler progressivement les ressorts de l’intrigue et les motivations troubles des personnages peu recommandables qui savent toutefois bien sauver les apparences.

Mais le problème vient du fait que la représentation ne trouve pas au démarrage son bon rythme. Elle avance très lentement au gré de conversations bavardes et peu haletantes qui parfois suscitent un léger ennui ; et ce, malgré la mise en scène astucieuse et la belle et sombre scénographie aux lumières de deuil, malgré la qualité des huit interprètes qui endossent et caractérisent finement d’innombrables personnages et passent de l’un à l’autre avec aisance et vivacité. Clément Sibony, Jonathan Cohen, ils convainquent dans tous les rôles.

Les niveaux de jeu varient eux aussi en permanence et le ton surprend à passer du burlesque au drame, du discours historique au boulevard en produisant une réflexion complexe, politique, identitaire et langagière mise à côté d’histoires plus anecdotiques. Parfois ça fonctionne, parfois moins car l’humour se fait curieusement trop discret, à l’exception de Pierre Maillet qui insuffle sa singulière fantaisie dans les rôles du curé exorciste et pédophile et de la bourgeoise.

Marcial di Fonzo Bo campe le commissaire franquiste à qui est remise une liste très convoitée pour diverses raisons, celle-ci contient les noms de communistes condamnés à mort. Les pillages des villages alentours, les forêts brûlées, les filles violées ne le préoccupent pas en premier lieu. Lui, voit grand mais mal, veut inventer une langue universelle, qu’il nomme le Katak, visant à rapprocher les peuples mais ne perçoit pas les fractures, les mensonges, les complots qui se trament au sein de son propre foyer. En incarnant ce personnage complexe et seul, l’acteur est d’une grande justesse, pas du tout manichéen, grave, moins dans la dérision que d’habitude et cela lui va bien. Même si la pièce se termine bizarrement sur une scène grandguignolesque bâclée, son dernier moment est douloureux, déchirant. Et une fois de plus, Judith Chemla est étonnante dans le rôle de la jeune épouse et surtout dans celui de l’étrange fille de la maison prise de transes hallucinées, feintes ou pas, elle effraie, émeut, sidère.

 

« L’Entêtement » © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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