Théâtre

Mamma Medea à la Maison de la Culture de Tournai (Belgique)

Mamma Medea à la Maison de la Culture de Tournai (Belgique)

30 novembre 2012 | PAR Audrey Chaix

Le festival NEXT continue avec la mise en scène d’un texte de Tom Lanoye, auteur flamand, par Christophe Sermet. Mamma Medea reprend le mythe ancien de Médée, cette femme magicienne trahie par son mari, Jason, et qui, pour se venger, tue leurs deux enfants. Une histoire forte de rage et de passion, aussi atroce qu’elle est fascinante, présentée ici en français, dans une traduction d’Alan Van Crugten.

 

La pièce se divise en deux parties, séparées par un entracte. Tout commence avec un repas plus que mouvementé : le roi de Colchide, ses enfants et ses petits-enfants se disputent autour de la table à grands renforts de vaisselle cassée, de nourriture lancée au visage et de jurons fleuris. Plus beauf’ que royal, Philippe Jeusette est un formidable roi tyran, qui inspire à sa famille terreur et haine. Débarquent brutalement des étrangers débonnaires, au langage jeune « cool » : Jason et ses deux Argonautes, venus s’emparer de la Toison d’Or. Et l’on comprend comment Médée, toute jeune fille, magicienne, certes, mais à peine sortie des émois tendres de l’adolescence, s’amourache de ce grand dadais aussi veule qu’il est désinvolte, antithèse parfaite du roi de Colchide. Et l’on voit déjà, en filigrane, la déception qui rongera le couple dans la seconde partie…

 

Épique, drôle, féroce, la première partie est le récit d’un voyage initiatique, celui de Médée, magnifiquement interprétée par Claire Bodson. La comédienne se transforme sous les yeux des spectateurs, passant du corps maladroit d’une jeune femme vierge à l’assurance désabusée de la femme trahie. La seconde partie est en effet radicalement différente de la première : finis les ardeurs de la jeunesse, les transports d’un premier amour. Couple usé, lassé, Médée et Jason sont parents de deux petits garçons qui deviendront rapidement le champ de bataille sur lequel s’affrontent leurs parents. Médée est une femme fière et superbe, noble dans le désespoir qui la pousse à massacrer sa rivale et son père, ainsi que les enfants qu’elle a mis au monde, les enfants de Jason. Face à cette épouse magnifique, Jason, étonnant Yannick Rénier, ne fait pas le poids. Avec ses cheveux gominés, ses Argonautes réduits aux rôles de femme de ménage et de baby-sitter, sa lâcheté souveraine face aux accusations de sa femme, il est clairement le plus faible des deux, celui qui croit avoir le pouvoir mais qui, inexorablement, perdra la bataille. Et la fin, légèrement réinterprétée, est l’illustration parfaite et poignante que c’est bien Médée qui le manipule comme un pantin. Cette vision du couple maudit mise en avant par Tom Lanoye donne au mythe une tonalité nouvelle, faisant passer Médée du rang de magicienne hystérique à celui de femme fatale (au sens propre comme au figuré).

 

Une bien belle production, qui sait trouver le rythme entre une première partie effrénée et une seconde ancrée dans le dramatique, et qui use à merveille des rouages de la tragédie antique pour mieux en révéler les zones d’ombre. Noble et triviale, drôle et tragique, cette Mamma Medea trouve le ton juste : celui d’une femme qui ne parvient à affirmer sa place dans la société qu’au prix d’actes inavouables.

 

Le regard de Christophe (mai 2012)

 

Photos : © Marc Debelle

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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