Théâtre

« Macbeth, the notes » : la passion ne se vit que par la mauvaise foi

« Macbeth, the notes » : la passion ne se vit que par la mauvaise foi

28 août 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Macbeth (The Notes), écrit Dan Jemmet « est non seulement une sorte de voyage chaotique dans le cerveau de l’artiste créateur, mais aussi un saisissant point de vue sur la dévotion obsessionnelle que peuvent engendrer les grandes pièces de Shakespeare et sur les mille et une manières pour parvenir à les mettre en scène. » 

Après le populiste et didactique Le vent se lève et une courte apparition dans Le dernier jour du Jeûne de Simon Abkarian, David Ayala tente un retour avec un spectacle créé en 2015 aux Bouffes du Nord. Le comédien mise tout sur son anatomie. Il bondit sur scène, un grand cahier sous le bras, pour débriefer un spectacle à la suite d’un filage. Ce débriefing, appelé notes est sujet de la pièce (Le texte n’est pas de Shakespeare comme l’indique le programme et il vaut mieux le connaitre pour comprendre les gags de la pièce). En réunion post répétition, le personnage, seul en scène, nous adresse ses remarques, idées et autres détails à reprendre ; il est un metteur en scène au travail devant nous. Nous, le public jouons, malgré nous, mais consentant, plein-feu,  une assemblée d’acteurs, assistants et techniciens.

David Ayala a rendez-vous avec le théâtre, et comme pour un premier rendez-vous amoureux, il va cacher sa pudeur et sa fragilité derrière une exubérance et un cabotinage athlétique. Il en fait trop, beaucoup trop peut être pour cacher une passion narcissisante et obsessionnelle. David Ayala n’est pas dans l’introspection : Psychologie, je déteste ce mot prévient-il. Alors il décrit, il raconte, il analyse, il métaphorise, sans déplier cette passion qui le consume pour le théâtre. Il est un  Caubére la profondeur en moins, le clownesque boursouflé en plus. 

Le rôle lui sied à ravir. Il y est didactique et donneur de leçons; c’est son biais, bien malheureux lorsqu’il s’occupe de politique comme dans Le vent se lève.  Tout est passé en revue : le lexique dramatique avec son jargon, cour et jardin, quatrième mur, etc., les propositions et les enjeux de la représentation, la haine meurtrière pour les critiques et les journalistes, le tropisme libidineux du metteur en scène pour ses actrices, les difficultés et exigences techniques, la proximité antagoniste avec le cinéma, le respect parfois religieux pour les textes, les problèmes de budget, la jalousie du metteur en scène pour ses acteurs, l’arbitrage des rôles et la fatalité des emplois. 

Pour faire bonne mesure ou pour faire pardonner sa superficialité, il brisera sa pudeur dans une dernière scène hautement nombriliste.  Un moment où le théâtre déballerait sa vraie nature : celle d’être de chair et de sang. Tout ne serait que corps. Et David Ayala en possèderait l’anatomie. 

Le seul en scène constitue un divertissement léger si vous aimez le théâtre lorsqu’il se constitue de l’apologie superstitieuse mais laïque de l’amour propre des comédiens.

 

D’après :  William Shakespeare
Ecriture et adaptation  :  Dan Jemmett et David Ayala
Mise en scène : Dan Jemmett
Distribution : David Ayala

Dates et horaires : du 28 août au 13 octobre 2019, à 19h du mardi au samedi et dimanche à 16h
Lieu : Théâtre Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris, Métro Vavin ou Notre Dame des Champs 
Durée : 1h25

Visuel : ©Patrick Berger

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
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