Théâtre
[Lyon] « Biopigs » aux Subsistances : de l’art du selfpig

[Lyon] « Biopigs » aux Subsistances : de l’art du selfpig

18 septembre 2015 | PAR Jérôme Avenas

Les Subsistances, « laboratoire international de création artistique » ouvre sa saison avec la nouvelle création de la Compagnie du Zerep. « Biopigs » est une chose burlesque, baroque, bordélique (en apparence) qui fouille les entrailles de l’égo et triture la chair du « moi je ». Jubilatoire. 

Ouverture de saison sous la tempête : mercredi soir, c’était bourrasques à l’extérieur et à l’intérieur du « Hangar Saône » des Subsistances. Quatre comédiens malléables, transformistes déglingués, ont déboulé sur le plateau. Au programme de ce nouveau monstre cousu par Sophie Perez et Xavier Boussiron : l’égo de l’artiste (certains en prennent pour leur grade) pris entre une autofiction pathétique et le désir hagiographique du public. Le show, façon cabaret en roue libre, démonte les codes de la narration du « biopic ». Ça braille, éructe, imite, pastiche, gueule, vitupère et c’est jubilatoire ! Pendant 1h30, les quatre comédiens s’emparent avec énergie du plateau, sans jamais le lâcher. Il faut voir Sophie Lenoir gesticuler comme un cloclo sous acide, Stéphane Roger se déhancher sur des talons vertigineux en débitant une diatribe ou Marlène Saldana dragkinguisée en Louis II de Bavière arpenter la scène avec une majesté de clown.

Tout commence par une succession de « fins » (et son cortège de saluts), morceaux de choix des bonnes bio, parfois avec larmes, parfois avec colère, le tout gonflé à l’hélium. Les comédiens excellent dans la singerie du dernier moment passé sur scène, celui où un personnage redevient une personne, le temps d’une révérence : tout y est, ou plutôt, ils y sont tous : les vaniteux, les timides, ceux qui « sont encore habités par le personnage » – et qu’est-ce qu’on rit ! Ces cochons s’empiffrent d’applaudissements jusqu’à l’écœurement. Témoin quasi muet de cette foire aux vanités burlesque, un étrange monstre de science-fiction, qui finira par dégobiller un liquide noir poisseux avant d’engloutir l’agile Er Ge Yu. Une fin faussement gore pour la grande boucherie de l’égo.

Visuel : © Affiche du spectacle et © Philippe Lebruman

Infos pratiques

Le théâtre de l’Anagramme
Espace 44
les_subsistances

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