Théâtre
Ludmila Mikaël émeut dans une pièce de Jon Fosse

Ludmila Mikaël émeut dans une pièce de Jon Fosse

16 septembre 2013 | PAR Christophe Candoni

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L’ex-sociétaire de la Comédie-Française revient au théâtre où elle se fait désormais plus rare pour porter magnifiquement le chant de tristesse et d’espoir contrarié qu’est la toute première pièce du dramaturge norvégien « Et jamais nous ne serons séparés » dans une mise en scène de Marc Paquien.

Une femme attend l’homme qu’elle aime et espère en vain car il ne rentrera pas. Il va venir. Il doit venir pense-t-elle persuadée. Elle a préparé la table en disposant deux couverts, a sorti une bonne bouteille de vin et les beaux verres anciens. Bien que physiquement présent sur scène sous les traits de Patrick Catalifo, l’homme n’est que l’apparition d’un souvenir, une vision, une hallucination. Pourtant, elle s’adresse à lui, au passé, au futur. Le temps se brouille. Est-il mort ? parti ? l’a-t-il quittée pour une autre femme ? autant de questions laissées en suspens dans le texte exigeant et sublime de Jon Fosse, qui traite au cours d’un long monologue intérieur et d’une façon bouleversante l’extrême solitude et la confusion d’une femme aimante et éperdue plongée dans un état d’incertitude et de détresse.

Marc Paquien, qui aime les actrices et ne s’entoure que des plus grandes, a choisi Ludmila Mikaël comme interprète principale. Cette magnifique comédienne qui a joué au théâtre sous la direction de Strehler, Grüber, Lavelli, Vitez… déroule sa partition répétitive et ultrasensible comme sur un fil, fragile, tangible mais tenue par les mouvements et glissements vertigineux de la parole au cours d’infinies variations sur un thème minimal mais tellement profond, comme l’est la langue si caractéristique du théâtre de Fosse. Elle est d’une grande justesse, lumineuse et émouvante, bien mise en valeur par la sobriété délicate de la mise en scène. Dommage en revanche que Marc Paquien n’offre au drame qui se joue que le cadre étriqué d’un petit salon cosy et fait de son héroïne une femme aisée et toute apprêtée qui sombre dans la folie, cela est révélateur d’une lecture bourgeoise et trop restrictive de la pièce.

Photo : © Pascal Victor

Du mardi au samedi à 20h30. Le dimanche à 15h.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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