Théâtre

Luc Bondy, La Fête de l’instant

05 novembre 2012 | PAR Christophe Candoni

A l’occasion de l’arrivée de Luc Bondy à l’Odéon, où il présente en ce moment Le Retour de Pinter, sa première création en tant que directeur du théâtre (voir ICI), les éditions Actes Sud ressortent les conversations du metteur en scène avec Gorges Banu parues en 1996 sous le titre « La Fête de l’instant » dans une version revisitée et augmentée.

Luc Bondy est un metteur en scène toujours au carrefour des arts, des genres, des langues et des territoires. Originaire de Suisse alémanique, issue d’une lignée d’hommes de théâtre (son arrière-grand-père dirigeait le théâtre de langue allemande de Prague, son grand-père était l’assistant de Max Reinhardt), il s’illustre aussi bien au théâtre et à l’opéra qui le mènent en Allemagne, en France, en Autriche et ailleurs. C’est au théâtre de l’Odéon qu’il poursuit une carrière dense et fournie qui s’est construite sur une approche cosmopolite, hétéroclite, jamais dogmatique du théâtre et de la culture. Le livre en parcourt les étapes mais s’attache davantage à dresser et définir ce que sont les lignes fondatrices de son art et sa pratique. Au fil de ses réponses, Luc Bondy se présente comme un artiste et un intellectuel gourmand, sensible et curieux, capable de s’émerveiller comme un enfant et théoriser savamment.

Une citation de Michel Piccoli saute aux yeux par sa justesse : Luc Bondy « n’a absolument aucun respect pour le théâtre » écrit l’acteur et cette idée d’un théâtre revendiqué comme « déthéâtralisé » est une des plus fortes du livre. Bondy a en horreur le langage et les effets convenus du théâtre, les actions fausses, le simulacre. Sur le plateau, il veut susciter et trouver des émotions vraies, non truquées. Sa recherche de vérité – une quête impossible dit-il – passe par une lutte contre les clichés, contre tout ce qui est de l‘ordre de l’explicite, du déchiffrable. Luc Bondy n’aborde une nouvelle pièce que par le prisme de la surprise, de l’étonnement qu’elle lui procure et non en suivant un postulat préétablit. Il conçoit son métier comme une mise en chantier. Les certitudes ne sont pas son langage. Il aime la complexité, l’insaisissable. Il se désintéresse des canons, des styles, se méfie de toute idéologie dans sa pratique théâtrale et provoque, pourquoi pas, du désordre, du chaos.

En renonçant à l’absolutisme du metteur en scène roi, il met l’acteur au centre de son théâtre et se distingue comme un grand directeur d’acteurs. « L’acteur est, indiscutablement, mon principal moyen d’expression. Tout passe par lui, tout converge vers lui » affirme-t-il. Marqué par l’Allemagne et la tradition des théâtres de répertoire et des troupes permanentes, il explique l’importance selon lui de la fidélité aux acteurs. En observateur aiguë, il capte, traque, dans la vie comme sur la scène. L’idée de chercher un personnage lui semble révoltante. Tout part de l’acteur.

Luc Bondy n’appartient à aucun genre, à aucune mode. Il ne suit que sa passion, son amour des textes, du jeu et des acteurs. Pour lui, seul compte de cultiver le bonheur et la liberté de faire du théâtre.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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