Théâtre

Los démonios met en lumière les heures noires de l’Argentine

18 mars 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Vingtième théâtre présente jusqu’au 25 avril « Los Démonios », un spectacle haut en technique de Valerie Boronad mettant en scène l’histoire de l’Argentine pendant la Guerre Sale.

La Guerre Sale a été le théâtre d’éxactions en Amérique du sud , puis en Amérique centrale des années 60 aux années 80. En Argentine, on compte près de 30 000 « disparus » (desaparecidos), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1 500 000 exilés pour 30 millions d’habitants. C’est sur cette histoire relativement méconnue que « Los Démonios » revient. Le terme désigne  » l’appellation que les militaires ont donné à ces deux forces qui, entre 1976 et 1983, ont pris l’Argentine en étau : La dictature et la guérilla. Los demonios c’est aussi, les démons qui nous hantent et forment une part indéfectible de la nature de l’homme (…)  » .

Pour rendre hommage à ces desaparecidos, Valerie Boronad nous raconte l’histoire de Samuel (Philippe Boronad). A la mort de sa mère (Moana Ferré) , il revient dans l’hôtel où il a grandi. Il décide d’écrire un roman , au fil de l’écriture, les fantômes de son histoire le rejoignent. La mise en scène nous plonge dans la folie de Samuel , qui devient tour à tour lui enfant,  son père et lui adulte. Ce récit est  porté par une scénographie très technique où deux panneaux vidéos s’ouvrent pour laisser au centre la table de l’écrivain.

La scénographie de Michel Jacquelin prend tout son sens à chaque fois que Philippe Boronad devient le père, prenant sa voix et son attitude, dans les tréfonds de la geôle. La lumière se fait alors rouge. Le travail vidéo de Murielle Félix est particulièrement intéressant quand le tortionnaire apparait en gros plan sur l’écran.

Le spectacle questionne sans cesse les origines, là encore, c’est la scénographie magnifique qui permet de faire passer l’émotion quand redevenu enfant, Samuel cherche son père dont il espère qu’il soit encore en vie. Cette quête est symbolisée par le récit des démarches administratives égrenées par le comédien dans un mouvement de saut à la corde. Il est entouré de deux vidéos de balançoires stylisées  qui vont et viennent . La symbolique du mouvement qui ne permet pas d’avancer appuie le message de façon pértinente.

Cependant, si le spectacle donne envie de mieux connaître l’histoire de cette guerre , les moments forts restent rares. Si les prouesses techniques fonctionnent quand elles sont accompagnées d’une présence scénique imposante, ce n’est pas le cas dans les temps dialogués, toujours trop verbeux et manquant de clarté. De même , il est extrêmement dommage que les moments en Espagnol ne soient pas traduits, empêchant une compréhension pleine et entière de la pièce, faisant perdre l’émotion pourtant recherchée dans ce spectacle où le fil conducteur est l’onirisme.

Los demonios, texte de Valérie Boronad, Mise en scène : Philippe Boronad, Scénographie : Michel Jacquelin-Distribution plateau :Philippe Boronad (rôles de Samuel, Tango et Luis),
Moana Ferré (rôle d’Ana), Luis Jaime-Cortez (rôle d’Augusto Angel Zapatas).

Jusqu’au 25 avril 25 avril 2010, du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h, 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris, Métro : Ménilmontant – bus 96 arrêt Henri Chevreau
Réservations : 01 43 66 01 13 – Durée du spectacle : 1h15-Tarif plein : 24€, (19€ pour les groupes), Tarif senior : 19€,Tarif étudiant : 12€

Bon Plan: DEBAT AVEC AMNESTY INTERNATIONAL autour des droits humains pendant et après la dictature militaire argentine (1976-1983)-Question des disparus, actualité des procès, lois d’amnisties, mouvements pour la justice
Jeudi 25 mars à 20h30, à l’issue de la représentation.Au Lieu-Dit, à deux pas du théâtre, 6 rue Sorbier, 75020 Paris, M° Ménilmontant. Entrée libre. En présence  de l’équipe du spectacle.

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WE ARE THE ROMANS : 25 mars à Paris
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Une réflexion sur « Los démonios met en lumière les heures noires de l’Argentine »

Commentaire(s)

  • Laura

    Je ne suis pas d’accord avec cette critique.
    Je ne me suis pas ennuyée un instant pendant le spectacle, absorbée par le texte, les images et le jeu des comédiens. J’ai été profondément touchée par l’histoire de Samuel, et sa recherche insatiable de ses origines. La scénographie est en effet très belle et parvient à nous plonger entièrement au coeur d’univers intimes très marqués. Nous emportant dans la tourmente, le spectacle se termine cependant sur une note positive. La vie continue, il faut savoir enterrer les siens et faire oeuvre de mémoire.
    Enfin, je trouve le spectacle d’une belle originalité, et j’apprécie qu’il nous tire vers un passé récent, dont les résonances se font ressentir dans l’actualité des procès en cours. L’histoire de la dictature argentine est bien moins connue que celle du Chili, et participe pourtant d’un même mouvement oppressif, ayant fait des milliers de morts. Cette pièce rend un très bel hommage aux victimes de ces dictatures.

    mars 24, 2010 at 11 h 44 min

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