Théâtre

« L’Idéal Club » n’est pas de ce monde, mais on peut y assister quand même, et y rire beaucoup

« L’Idéal Club » n’est pas de ce monde, mais on peut y assister quand même, et y rire beaucoup

28 décembre 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

La compagnie 26000 couverts a récidivé avec son Idéal Club, à l’invitation du Monfort. Ce montage cabarétique de sketchs, libérés et réjouissants, un peu lo-fi et sacrément absurdes, accompagnés de musique live, s’est déjà taillé une solide réputation. Et on vérifie au seuil de 2019 qu’il n’a pas vieilli, et qu’il est toujours aussi foutraque, déglingué, poilant, qu’il l’était à sa création. Recommandé pour détendre des zygomatiques éprouvés par les fêtes. Jusqu’au 12 janvier.

Assister à un spectacle des 26000 couverts, c’est demander à être bousculé. Surpris. Secoué de rire. Pris dans le tourbillon de propositions absurdes et délirantes, assumées par une bande de zigotos tout étonnés qu’il puisse se trouver autant de spectateurs pour les suivre dans leurs élucubrations abracadabrantes.

C’est accepter qu’on puisse faire rire avec peu de moyens mais beaucoup de créativité.

On pense immédiatement à l’humour des Monty Pythons. Côté français, un peu au Splendid, pas mal aux Robins des Bois voir aux Deschiens, beaucoup aux Chiens de Navarre. Ces derniers manient comme eux un humour choral transgressif et décoiffant, avec une application louable dans le dynamitage de toutes les conventions théâtrales – comme on l’a vu dans leur dernier spectacle, Jusque dans vos bras.

Ici, il s’agit de présenter un spectacle collectif de sketchs, façon cabaret. D’enchaîner les personnages et situations, avec quelques récurrences – et autoréférences – pour donner un peu de liant. Et d’entrecouper tout cela de jolis morceaux, interprétés par le groupe Mocking Dead Bird, qui fait partie intégrante de la troupe, et prend également sa part de sketchs et de personnages aussi improbables que désopilants.

Dans l’écriture des 26000 couverts – l’écriture collective menée sous la houlette de Philippe Nicolle – on trouve un principe et une méthode. Le principe: rire, en traitant tout par l’absurde, en ne se refusant aucune exagération ni aucun degré d’invraisemblance. Une méthode: saturer l’espace des présences des comédiens, écrire avec la musique, rebondir à un rythme effréné, insister là où c’est noir et que ça grince.

Le produit fini paraît n’avoir ni queue ni tête. Cela dure 2h50 avec entracte, ça pourrait aussi bien en faire deux fois moins ou deux fois plus, c’est indifférent. Tout se fait et tout se défait à vue, les faux bides et les faux accidents ponctuent le spectacle, on titille parfois le politiquement incorrect, de vraies-fausses coulisses sont à vue, de toutes façons on se poursuit dans les couloirs du théâtre alors pourquoi s’embêter? Il n’y a pas de décor puisque tout se passe partout et que donc la salle même est scène et décor. Le metteur en scène joue le rôle du metteur en scène qui n’arrive pas à mettre en scène ce spectacle, qui joue à ne pas jouer avant la fin du mois, ce qui fait qu’il faudrait se dépêcher de le finir – vous suivez?

C’est complètement réjouissant. C’est, nécessairement, un peu inégal, et chacun aura son sketch préféré, qui ne coïncidera pas avec celui du voisin – nous avouons un faible pour le concert de scies, et pour le muppet, mais les cowboys mélomanes remportent un franc succès, comme les personnages-cartons.

Les interprètes sont tous excellents dans leur registre. Bien installés dans leur délire personnel, qui entre d’ailleurs parfois brutalement en collision avec celui du voisin, ils vont loin – et nous embarquent au passage. Ca n’a l’air de rien, mais c’est magistralement exécuté. Et la partie musique est menée avec beaucoup d’énergie et de précision.

Evidemment, l’hilarité ne serait pas, à elle seule, complètement suffisante. Ce qui touche, insidieusement, et qui fait du spectacle une vraie réussite, c’est l’humanité des personnages, la générosité des interprètes, et de petites touches de poésie qui font toute la différence. Et, pour couronner le tout, en écho à l’affiche très Sgt. Pepper’s, une très belle reprise de la magnifique chanson Because des Beatles.

On aurait pu douter que retrouver l’Idéal Club, 8 ans après sa création, ferait toujours mouche.

On aurait eu tort: c’est le genre de proposition qui, parce qu’elle est parfaitement délirante, se place largement hors du temps.

Il ne faut pas que les franciliens boudent leur plaisir: c’est une très belle occasion de s’offrir une belle parenthèse pendant les fêtes, ou de commencer l’année en fanfare.

 

 

Mise en scène : Philippe Nicolle assisté de Sarah Douhaire
Ecriture collective sous la direction de Philippe Nicolle
Avec : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Sébastien Bacquias, Servane Deschamps, Pierre Dumur, Aymeric Descharrières, Olivier Dureuil, Florence Nicolle, Philippe Nicolle, Daniel Scalliet.
Régie générale : Daniel Scalliet / Son (création, régie) : Anthony Dascola / Lumière (création, régie) : Thomas Parizet / Plateau : Louise Vayssié et Laurence Rossignol / Décor : Michel Mugnier et Anthony Dascola avec le soutien d’Alexandre Diaz / Costumes : Sophie Deck et Laurence Rossignol avec le soutien de Camille Perreau / Visuels: (c) Stef Bloch et JA Lahocsinszky

Infos pratiques

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