Théâtre

L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Perón :   Marcial Di Fonzo Bo met Copi en scène

L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Perón : Marcial Di Fonzo Bo met Copi en scène

19 octobre 2017 | PAR Eriksen

En tournée en France après une création en langue espagnol à Buenos Aires, « L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer » et « Eva Perón » de Copi sont mis en scène par Marcial di Fonzo Bo dans l’esprit subversif du tournant des années 60-70.

La première partie s’ouvre sur un monumental décor de banquise. Opéré(e)s au Maroc, déporté(e)s en Sibérie, des personnages au genre indéterminé rêvent de Chine. Comme il est dit sur le site du TNBA, il règne dans L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer une « vertigineuse confusion quant à la nature des sexes ». Mais bien au-delà de celles du sexe, toutes les conventions volent en éclat : on s’y conchie en refusant de se laver, on avorte par la même voie… Jusqu’au langage lui-même, convention par excellence, qui disparait quand l’enfant finit par se couper la langue… Table rase.
Si la convention est surement un moyen de se perpétuer pour un pouvoir en place, c’est aussi un modus vivendi construit insensiblement par l’usage et l’habitude sans jamais de décision prise. Deux faces d’une même pièce. Copi lui, ne fait pas de détail : il dynamite tout de toutes les conventions, oppression et modus vivendi dans le même sac. La convention vue comme oppression n’est pas le sujet de l’œuvre, pourtant écrite en 71 par un homosexuel. La « difficulté de s’exprimer » tient moins ici au joug d’une contrainte qu’à la perte des codes… jusqu’à celui du langage. La pièce, le langage, l’humanité semblent imploser comme vidés de leur substance. Et ce d’autant plus que la Chine ne fait plus rêver, et que la banquise fond.

Dans une interview en français diffusée en introduction de la seconde pièce, Copi indique que le sujet de Eva Perón n’est pas la politique mais l’histoire « d’une femme de 33 ans qui va mourir ». Ce qui frappe pourtant c’est l’absence totale d’empathie. Copi s’attache à empêcher chez le spectateur tout amour, et même toute pitié, pour celle qui fut – justifié ou non –un grand objet d’amour du peuple argentin, et un grand mythe latino-américain au même titre que le Che. Jouée par un homme, Eva Perón perd ses armes maternelles et séductrices. Son empathie inexistante ne déclenche plus la nôtre. Elle semble si peu digne, cette mère Ubu trépignante de rage.
Copi nie donc le mythe ; on eut aimé qu’il le déconstruisit, qu’il nous donne le feeling de l’aura et la formule de la force. Ou mieux, qu’il questionne les captations de la voix du peuple ; celle-là et toutes les autres.

Vivre sa mort prochaine comme un scandale, c’est le drame d’Eva Perón mais aussi celui des personnages de « Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce et de « 120 battements par minute » de Romain Campillo au cinéma. Emporté par le SIDA à 48 ans, Copi se retrouvera face au même scandale que son personnage.
On imagine la fonction cathartique de cette pièce dans un cabaret transformiste juste après 68. La proximité de la scène et la sève homosexuel effaçaient une rancœur somme toute compréhensible de la part d’un émigré politique argentin, maoïste de surcroit… « La violence aux mains du peuple, n’est pas la violence mais la justice » : de Mao ? non, d’Eva Perón.
De France en 2017, on ne voit cependant plus l’intérêt de cette caricature qui ne transgresse que des barrières déjà bien levées. La transgression, c’eut été peut-être de jouer sur la féminité troublante d’un vrai transsexuel pour incarner Eva Perón.
Pourtant la subversion persiste, mais pour la saisir il faut s’imaginer argentin, au théâtre national de Buenos Aires, regardant en 2017 cette pièce écrite en français par un argentin exilé, traduite en espagnol, et qui caricature Evita, l’icône du pays dont moult se réclament encore. Le sous-titrage espagnol de l’interview de Copi nous fait comprendre que ceci ne nous est pas directement destiné, mais c’est une qualité de ce spectacle de nous mettre dans cet inconfort.

(ERIKSEN)

L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer & Eva Perón
Textes Copi Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo

Costumes Renata Schussheim / Décor Oria Puppo /
Lumières Bruno Marsol / Musique Étienne Bonhomme / Collaboration artistique Crystal Sheperd-Cross / Régie son Pedro Fraguela /Régie lumières Guillaume Roille
Avec Carlos Defeo, Rodolfo De Souza, Hernàn Franco, Rosario Varela, Marcial Di Fonzo Bo, Gustavo Liza
Production Cervantes-Teatro nacional Argentino, Comédie de Caen-Centre Dramatique National de Normandie
Avec le soutien de l’Institut français et la Région Normandie

du 26/10/2017 au 28/10/2017
Teatro Español – Madrid

du 07/11/2017 au 09/11/2017
La Manufacture – Nancy

du 16/11/2017 au 18/11/2017
Théâtres des Célestins – Lyon

du 21/11/2017 au 22/11/2017
Théâtre de Nîmes

Vernissages et évènements de la semaine spécial FIAC et Offs.
Vente aux enchères caritative samedi 21 octobre à l’hôtel Drouot au profit de l’association FD.ID
Eriksen

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *