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L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk : la tragédie du Cambodge en Khmer sur la scène du Théâtre du Soleil

L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk : la tragédie du Cambodge en Khmer sur la scène du Théâtre du Soleil

24 novembre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Créée en 1985 par Ariane Mnouchkine, la pièce en deux parties d’Hélène Cixous sur le roi du Cambodge Norodom Sihanouk est de retour pour dix représentations exceptionnelles au Théâtre du Soleil. Mise en scène par Georges Bigot et Delphine Cottu, cette « Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk est interprétée en khmer par trente jeunes artistes cambodgiens de l’école des arts phare Ponleu Selpak. La première de la première partie, hier soir était un voyage en Asie, et surtout dans l’Histoire.

Roi du Cambodge de 1953 à 1970, puis Prince et dirigeant élu, puis chef symbolique du pays, puis à nouveau roi du Cambodge dans les années 1990 jusqu’à ce qu’il cède le pouvoir à son fils en 2004, Norodom Sihanouk est la figure politique la plus importante du 20e siècle. Écrite en 1984, son histoire terrible et inachevée est perçue par Hélène Cixous comme interminable à deux titres : la vie personnelle du roi continue, et les souffrances du Cambodge ne sont pas achevées. La première partie de la pièce retrace les années 1955-1970, jusqu’au coup d’état qui destitue Sihanouk alors qu’il est en voyage en France, en Russie et en Chine pour tenter de négocier auprès de ces puissances la tenue d’un Cambodge « blanc et neutre », malgré sa position éminemment stratégique et les populations de réfugiés vietnamiens qui déferlent à ses frontières. La deuxième partie est consacrée aux années de pacte entre le Prince et les khmers rouges (1970-1979).

Cixous a vu dans ce roi du Cambodge un personnage éminemment théâtral. Fin, drôle et axé sur l’individu aux prises avec ses passions et non sur les souffrances du peuple khmer, son texte n’a pas pris une ride. S’il permet de reparler d’une des histoires les plus tragiques et effectivement interminables du 20e  siècle, il n’en demeure pas moins très axé « rouge » lorsqu’il présente les américains comme des sorciers menant un grand sabbat de sacrifice sous la houlette de Kissinger, tandis-que le Zhou Enlai de la Chine de l’après révolution culturelle et le premier ministre soviétique de la même époque sont plutôt traités comme d’avisés hommes politiques. Fidèle à Mnouchkine, la mise en scène de Georges Bigot (qui a joué la pièce en 1985) et Delphine Cottu est aussi très « vintage », et en même temps régénérée par son imprégnation khmère. Musique traditionnelle relevée au synthé d’époque, comédiens s’adressant 85 % du temps directement au public comme sur une place de village pour transmettre un message politique urgent, et présence vivifiante de 30 comédiens sur scène sont autant d’atouts qui n’ont pas perdu de leur impact. Petit clin d’œil supplémentaire et très fidèle à Cixous : les hommes politiques les plus puissants du 20e siècle sont (sauf Enlai) joués par des femmes… au premier rang desquelles San Marady, absolument irrésistible en énergique (voire hystérique!) Sohanouk. Généreux, émouvant et drôle, le spectacle se tient bien droit dans l’exigeante ligne des grands évènements du Théâtre du Soleil. C’est probablement un des plus beaux voyages dans le temps et l’espace qu’il vous est donné de faire sans quitter Paris, ces dix prochains jours.

Photo : Michèle Laurent

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Décès de la soprano Montserrat Figueras
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk : la tragédie du Cambodge en Khmer sur la scène du Théâtre du Soleil”

Commentaire(s)

  • Jean-Christophe

    Oui un spectacle a ne pas rater. C’est grand ! Pour qui verra Sihanouk en video, Mardy est fascinante de verité. Une belle rencontre entre Phare Ponleu Selpak (a visier au Cambodge / http://www.phareps.org) et le Theatre du Soleil. Merci pour ce merveilleux spectacle.

    novembre 25, 2011 at 4 h 17 min

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