Théâtre
L’Eveil du printemps par Omar Porras, un songe tragique

L’Eveil du printemps par Omar Porras, un songe tragique

17 janvier 2012 | PAR Christophe Candoni

En tournée et à Malakoff, le metteur en scène Omar Porras présente une vision originale de l’Eveil du printemps. Il plonge la pièce de Frank Wedekind dans le monde de l’enfance dont il interroge la fantasmagorie. L’univers nocturne et gothique à la Tim Burton séduit. Audacieuse et contrastée, peut-être aussi un peu réductrice, sa lecture mêle l’effroi au rire.

Un pan de mur en ruine, la pierre est lézardée et le sol recouvert de terre brune. La scénographie d’Amélie Kiritzé-Topor fait immédiatement penser à un cimetière, l’endroit même où seront enterrées l’innocence et les illusions liées au monde de l’enfance. L’Eveil du printemps raconte justement cette étape de la vie où de jeunes gens grandissent en affirmant un nouvel être au monde. Ils se découvrent, posent des questions. En fond de scène, des arbres sombres. La forêt, lieu par excellence de l’initiation, renvoie aux images de contes et à l’effroi savoureux qu’ils suscitent. Ici, ce n’est pas le grand méchant loup qui attend au détour du chemin les enfants pour les dévorer mais la rencontre avec soi-même en devenir.

Il n’y a pas de psychologie et encore moins de pathos chez Omar Porras qui dirige les acteurs vers un jeu plutôt théâtral, déréalisé, un peu gênant au début mais qui n’évacue pas l’émotion. Le metteur en scène déploie un onirisme proche du cauchemar. Avec des masques et des postiches, les personnages prennent l’apparence fantastique de petits gnomes. C’est drôle mais aussi terrifiant. La scène de l’avortement ou le suicide très réussi de Moritz font basculer la représentation dans une tonalité très sombre qu’on n’avait pas soupçonnée au début devant les chansons et les jeux des jeunes pré-pubères, en petits uniformes scolaires ( jupes plissées pour les filles et culottes courtes pour les garçons). Ils se déplacent en rang, cartables sur le dos qu’ils font vite valser pour faire le mur et jouer à « Eperviers, sortez ! ». Ce parti pris risqué fonctionne bien. D’autant plus qu’il est toujours délicat de faire jouer des enfants à des comédiens adultes. Ils sont ici tout à fait convaincants dans leurs rôles de composition : Paul Jeanson (Melchior) et François Praud (Moritz) en tête. Et si Porras réalise une peinture aussi tendre qu’effroyable de la jeunesse, le portrait qu’il fait de la bourgeoisie rigoriste et puritaine qui chante des cantiques à la gloire de Dieu est jubilatoire. Ce monde des adultes, tourné en dérision est vainement autoritaire et lâche car incapable de répondre aux interrogations existentielles de leur progéniture (la mère ne répond pas à sa fille Wendla qui lui demande comment on fait les enfants !). Sur scène, on retrouve l’esthétique baroque et poétique de Porras, avec beaucoup de musiques, de lumières… mais, qui, à la rencontre du texte de Wedekind, a perdu quelques unes de ses couleurs pour laisser apparaître un vrai sens de la tragédie.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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