Théâtre
Lettres de la Religieuse Portugaise de Gabriel de Guilleragues par Jean Pascal Pracht

Lettres de la Religieuse Portugaise de Gabriel de Guilleragues par Jean Pascal Pracht

20 mai 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Plus de trois siècles se sont écoulés depuis la publication des Lettres de la religieuse portugaise. Qui est cette femme – s’il s’agit-il d’une femme – qui écrit de son couvent cinq lettres limpides et brûlantes? Saisissant cette oeuvre épistolaire, Jean Pascal Pracht a tenté d’y apporter sa réponse. 

Une femme dans un couvent. Non pas quittée, mais abandonnée. Toute une sève, épanchée une fois pour son amant mais désormais séquestrée. Une femme enfermée qui appelle au secours. Jusqu’au XXe siècle, les 5 lettres écrites au 17e siècle de manière anonyme ont été attribuées une religieuse franciscaine de l’époque et ont longtemps fasciné de nombreux auteurs. Jean Pascal Pracht adhère à  la version la plus fréquente : ces lettres furent écrites par un homme, Gabriel de Guilleragues lui même !

Ces lettres d’amour d’une religieuse portugaise pour un officier français ont été publiées en 1669 de manière anonyme. Fiction ou réalité ? Elles ont intrigué de très nombreux écrivains, Madame de Sévigné, Rousseau, Stendhal, Rilke….Très tôt des gens se sont levés pour accorder toute la paternité de l’œuvre au réputé traducteur : Gabriel-Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues (1628-1685), diplomate et écrivain, familier des salons. La critique pense avoir établi aujourd’hui l’attribution certaine à Guilleragues, s’opposant aux gens de lettres au premier rang desquels Rilke, traducteur allemand des Lettres. 

Jean Pascal Pracht et Suzanne Robert tirent les Lettres de la Religieuse Portugaise vers une résilience impossible : quoi vivre pour remplacer un tel souvenir ? La vie entrevue dans l’encoignure d’une porte qui s’est refermée aussitôt ; reste un amant-souvenir écartelé entre béni et maudit. La religieuse s’embrase et s’apaise, survit. Elle vit et revit de lettre en lettre. Suzanne Robert l’incarne magnifiquement, explorant, de la lucidité extrême à la folie, la rigueur et la fraîcheur de l’amour et de la colère. Jean Pascal Pracht a conçu un éclairage qui transforme un plateau quasi nu et quelques panneaux suspendus en cloître oppressant mais d’une beauté magique. 

A découvrir jusqu’au 22 mai.

Mise en scène Jean Pascal Pracht
Avec Suzanne Robert
Scénographie, et lumière Jean Pascal Pracht
Son Christian Loustau
Régie Alain Raimond

LE LIEU SANS NOM, 12 rue de Lescure, 33 000 Bordeaux

19/20/21 mai 2022 > 20:30
Dimanche 22 mai 2022 > 16:00

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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