Théâtre
« L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde », à la fois bourreau et victime

« L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde », à la fois bourreau et victime

19 octobre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Œuvre intemporelle, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert-Louis Stevenson interroge les différentes facettes de notre personnalité, dont nos démons intérieurs. Une introspection à la fois fascinante et effrayante, à laquelle vont se livrer malgré eux les proches du Dr Jekyll ! Accompagnez-les dans leur quête de vérité au Guichet Montparnasse, jusqu’au 3 novembre 2019 !

Cette nouvelle adaptation imaginée par la compagnie Les Charlatans met en effet l’accent sur l’histoire de l’entourage du Dr Harry Jekyll, tout en respectant la structure du roman et son dénouement final sous forme de flashback.

Nous sommes dans le Londres de la fin du XIXe siècle, en pleine époque victorienne, où le respect des convenances et des mœurs à outrance implique une stricte maîtrise de soi, pour maintenir son masque social et son statut.

Tiraillé entre ses désirs secrets et l’impossibilité de les satisfaire, le Dr Jekyll cherche désespérément une solution pour assouvir ses penchants inavouables, sans nuire à son image. Au fil de ses expériences, il parvient à dissocier par hasard les deux éléments opposés de sa personnalité. Il peut ainsi se livrer à ses plus bas instincts, tout en restant sous le couvert de sa respectabilité. Incarnation du mal et de la face cachée de l’homme, le terrifiant Mr Hyde s’oppose en tout point à son géniteur. Sur scène, il n’est nullement grimé. Seul sa gestuel et ses intonations traduisent la métamorphose de Jekyll. Hyde est courbé et ses membres tordus, comme si « le sceau de la dégénérescence était imprimé sur tout son corps ». Sa voix part dans les aigus et ses éclats de rire sont à vous glacer le sang. Dépourvu de toute morale, à la nuit tombée, le terrifiant Mr Hyde s’amuse à martyriser enfants et vieillards à grands coups de canne. Tant pis, si certains succombent à ses assauts, cela ne lui fait ni chaud, ni froid.  

Lorsque le Dr Jekyll prend conscience qu’il a dépassé certaines limites à ne pas franchir, il est déjà trop tard. « Cette brève concession faite à ses vices a fini par détruire l’équilibre de son âme » (extrait du roman), ce qui le conduira naturellement à sa chute.

Conscients que quelque chose ne tourne pas rond chez leur ami, le docteur Lanyon, le notaire Gabriel Utterson et Poole, la domestique au service du Dr Jekyll, vont tenter d’élucider le mal mystérieux dont semble souffrir Harry. Cette quête, qui les amènera à s’interroger sur eux-mêmes, ne sera pas sans conséquence, puisqu’ils devront affronter leurs propres démons…

Nous suivons leur cheminement psychologique sur scène, au fur et à mesure que l’intrigue progresse. Les cinq comédiens sont présents sur le plateau. Lorsqu’ils ont terminé leurs répliques, ils s’assoient sur le côté, sur une sorte de caisse noire. Mis sur la touche, ils deviennent semblables à des objets inanimés. Ainsi, même s’ils ne sont pas dans le feu de l’action, ils demeurent présents dans l’esprit de ceux qui prennent la parole. Une ingénieuse mise en scène qui permet de comprendre les interactions entre les différents protagonistes, même si on aurait aimé un travail plus poussé sur la lumière.  

En tout cas, celui sur l’âme humaine est, quant à lui, plutôt réussi. Éléments essentiels du décor, « deux portes sur roulettes symbolisent les labyrinthes de la psyché? humaine » (note d’intention). Tout comme notre cher docteur et son alter ego, elles-aussi sont doubles. Elles sont chacune ornées d’un élégant fronton d’un côté, conforme aux exigences de la société victorienne et, de l’autre côté, de quelque chose de plus basique, reflet de l’état d’âme des protagonistes. Par exemple, celle liée au Dr Jekyll présente un fronton de style Empire, tandis qu’au recto, celle surmontée d’une planche de bois usée est réservée à l’usage du terrible Mr Hyde. La seconde porte est celle du domicile du Dr Lanyon. Presque chaque personne a ainsi un élément scénographique qui lui fait écho. La lanterne, suspendue à l’avant-scène, est elle-aussi liée à l’un d’eux. « Selon son intensité ou sa couleur, elle reflète les états psychologiques dans lesquels se trouve Utterson » (note d’intention), le personnage principal de cette adaptation. C’est grâce à sa persévérance que l’on découvre le fin mot de l’histoire et que l’on comprend, de façon implicite, que « l’homme est finalement une synthèse de nombreux individus, tous différents et indépendants les uns des autres » (extrait du roman)…
L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, de Robert-Louis Stevenson, adapté par la compagnie Les Charlatans, mis en scène par Jean-Baptiste Debost, présentée du 6 septembre au 3 novembre 2019, les vendredis et samedis à 20 h 30, et les dimanches, à 16 h 30, à Paris, au Guichet Montparnasse. Durée : 1 h 15.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Les Charlatans sur sa page Facebook (ici).

Visuel : Affiche du spectacle © Les Charlatans.

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