Théâtre

Les immortelles de Rabeux

Les immortelles de Rabeux

24 mai 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Seconde pour Toutelaculture qui a déjà eu la chance de voir Les quatre jumelles de Copi dans la mise en scène de Jean-Michel Rabeux lors de sa création au Bateau Feu. Quand le trublion metteur en scène s’attaque à l’auteur disparu, cela donne un coup de poing lumineux et rieur à la mort.

Copi écrit Les quatre Jumelles en 1973, à ce moment, il est loin du SIDA qui l’embarquera en 1987. Il travaille  à Libération et il est une figure de proue du mouvement homosexuel. Naturellement, ces Quatre jumelles sont composées d’une femme, l’immense comédienne Claude Degliame (Joséphine) et trois comédiens tout aussi grandioses, Christophe Sauger (Fougère) , Marc Mérigot (Maria) et Georges Edmond (Leïla).

Le décor est circulaire pensé par le scénographe d’Olivier Py, Pierre-André Weitz. Comme à son habitude, le maître sait manier les effets, ici, boule de lumière au cœur d’un cercle, lui même au centre d’un cirque. Le public est placé tout autour d’un plateau rond surplombé d’une coque comme une muqueuse, toute noire. Ici, tout tourne car tout est infini. Les quatre jumelles, vêtues de fringues destroy blanches sont en Alaska, elles vont par deux, inséparables. Deux couples de jumelles. Affres de la fraternité, elles se détestent autant qu’elles s’aiment et passent leur temps à s’entretuer. Mais comme nous sommes au cabaret, les pistolets sont en plastique et le chien mort en peluche, toutes revivent tout le temps au point de vouloir pour l’une d’entre elles « mourir vivante ».

Elles sont maquillées outrancières et croisent les relations, les couples de sœurs se défont, chacune veut emmener l’autre après son meurtre pour partir faire un casse à Boston ou à LA en passant par la Suisse. Car oui, nous ne l’avons pas dit, ces dames un peu âgées sont des caïds. Elles ont la gâchette et le vol facile. Pour se requinquer elles se droguent à outrance. Leurs excès les rendent immédiatement attachantes. Vu de nos yeux qui savent le SIDA et la crise, cette histoire hors temps parrait sortir d’un paradis artificiel efficace.

Ici, la farce est totale autant qu’elle est absurde. Rien ne tient la route et c’est cela qui rend la pièce hypnotique. Copi nous parle d’identité sexuelle, de société ravagée, de fraternité et de solitude en n’employant qu’une répétition déphasée. Rabeux empoigne un héritage allant des Max Brothers au Vaudeville et adapte l’esprit de Copi dans un respect total. Le résultat est exigeant et sans concession.

Le jeu tient de la leçon académique. Le travail des voix et des corps est d’une justesse rare. Dans ce jeu de massacre blanc entaché de rouge sang, le rire survient rapidement pour ne jamais nous lâcher. Face à cette histoire absurde résonnant tellement avec nos fors intérieurs les comédiens nous rappellent sans cesse que tout ça n’est que du spectacle. Alors, à ce récit sans fin, Rabeux choisit d’arrêter en fanfare et en chanson. Souriez, tout le monde vous regarde !

Visuel : (c) Benoit Linder

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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