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« Les Nains » au Théâtre de l’Idéal : Stuart Seide adapte un roman de jeunesse méconnu de Pinter

« Les Nains » au Théâtre de l’Idéal : Stuart Seide adapte un roman de jeunesse méconnu de Pinter

05 février 2015 | PAR Audrey Chaix

Dans le Hackney des années 1950, trois amis passent le temps entre verres et discussions à bâtons rompus. Pete, Mark et Len se connaissent depuis l’enfance, ils se disputent parfois mais se réconcilient toujours. Pete est en couple avec Virginia, le quatrième personnage de cette pièce étrange, adaptée d’un roman écrit par Pinter dans sa jeunesse. Un roman semi-autobiographique, qui se pose la question de la place des jeunes dans la société tout en jetant un regard inédit sur un jeune artiste en devenir. Stuart Seide en signe la traduction comme la mise en scène. Pour interpréter les quatre personnages, il a choisi de jeunes comédiens qui ont l’âge de leurs personnages, dont trois qu’il a formés à l’EPSAD (aujourd’hui École du Nord), l’école de théâtre professionnelle du Théâtre du Nord.

La mise en scène proposée par Stuart Seide est sobre, comme toujours avec le travail de l’ancien directeur du Théâtre du Nord – cela ne l’empêche pas d’être efficace, notamment grâce à quelques belles idées de scénographie. Ainsi, un rideau de fils sert de support de projection pour des didascalies très poétiques qui sont extraites du roman. Écrites en français, elles sont lues en anglais pas une voix off, très grave, qui n’est autre que celle de Stuart Seide himself. Très descriptifs, faisant la part belle à l’évocation de la nature et du paysage qui entourent les quatre jeunes gens, ces textes contrastent fortement avec la sobriété du plateau – quelques chaises, une plante, un aquarium, une table sont les éléments principaux d’un décor qui repose avant tout sur le travail de la lumière : à elle seule, elle suffit à délimiter les espaces, à mettre l’un ou l’autre personnage en avant.

Luca Besse, Carine Goron, Yann Lesvenan et Adrien Mauduit sont les quatre comédiens qui interprètent le groupe d’amis. Leur jeunesse et leur talent étaient nécessaires pour incarner cette vision pessimiste et désabusée d’une génération perdue entre la Seconde guerre mondiale, qui était celle de leurs aînés, et la libération sexuelle des années 1970, qui attendra encore une bonne quinzaine d’années pour commencer d’éclore. Le propos de Pinter, extrêmement sombre, se développe par le biais de discussions successives entre les jeunes gens, dont les relations se font et se défont dans un assemblage de saynètes assez courtes. On saluera particulièrement la performance de Carine Goron, lumineuse avec ses robes claires et ses cheveux blonds dès qu’elle est au plateau.

Malheureusement, le texte de Pinter est tout aussi obscur qu’il est sombre… et certaines tirades n’ont que très peu de sens pour un public un peu largué – la réception semblait d’ailleurs un peu fraîche au moment des applaudissements. Difficile de se laisser happer par une pièce alors que l’on n’a pas forcément les clefs de compréhension – l’exemple le plus parlant, c’est celui de cette métaphore des nains, qui revient régulièrement dans la bouche du personnage de Len, et dont on se demande encore ce qu’ils peuvent bien représenter…

Photos: © Simon Gosselin

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