Théâtre
« Les gens » ou l’après-guerre d’Edward Bond

« Les gens » ou l’après-guerre d’Edward Bond

13 janvier 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voici un événement, Édward Bond est à Paris. Le plus percutant des dramaturges anglais accompagne Alain Françon dans la création de Les Gens, une nouvelle plongée dans l’univers aride de Mister Bond à découvrir au Théâtre Gérard Philipe

[rating=3]

1994 fait date dans l’histoire du théâtre, elle marque la révélation de la collaboration entre le dramaturge britannique Edward Bond et le metteur en scène français Alain Françon. « Les pièces de Guerre » présentées à Avignon sont un choc pour le public. La voix de Carlo Brandt dans le gris cendre de Bond résonne encore vingt ans après.

On a beau savoir que Les Gens fait partie de la « quinte de Paris » et non des fameuses « Pièces de guerre » il est difficile de ne pas, dès le lever du noir, y penser immédiatement
Nous sommes à la fin du XXIe siècle, après tout, après des plus jamais ça qui se sont répétés, répétés, répétés, au point que la terre en est devenue courbe et marécageuse, à la fois berceau et tombeau.

Ils seront quatre sur scène : Quelqu’un (Pierre-Félix Gravière), Postern (Aurélien Recoing), Margerson (Alain Rimoux)  et Lambeth (Dominique Valadié),  quatre à hésiter de leur sort pourtant inéluctable.

Il y a cette force que le dramaturge nous impose au point de nous saouler, cette violence dont il est coutumier. Encore une fois, Bond nous met face au miroir, nous spectateurs nés au XXe siècle, celui qui aura eu besoin d’inventer la définition juridique du génocide. Le texte fulgurant offre de nombreux passages  à retenir: « On court après quelque chose même quand on est fou » dit Quelqu’un qui a perdu son nom.  Postern qui est le mort qui ne meurt pas dira « Les morts ont le droit à leur dignité- qu’on leur dise la vérité sur qui les a tués ! »

Pourtant, tout ne fonctionne pas ici. Ce qui est demandé aux comédiens est d’une rare difficulté. Ce sont des monologues à la langue qui saigne autant qu’eux. Un phrasé coupé qui abandonne les sujets. Et tout le monde n’est pas Carlo Brandt, ni Clovis Cornillac, ni Myriam Boyer. Tous semblent vouloir se mettre dans la voix de leurs prédécesseurs donnant un résultat qui parfois n’arrive pas à nous transpercer. Il y a des éclats, nombreux, essentiellement portés par Recoing et Valadié, lui qui n’arrive pas, le corps pourtant criblé de balles, à mourir et elle dont le job est de dépouiller les morts.  Elle et lui mais loin est l’idée de faire couple dans ce post-monde où les humains n’en sont plus. Mais la violence pure n’arrive pas à se maintenir tout le long du spectacle, créant des vides peu appréciables.  La faute à un jeu qui parfois cherche le beau dans la voix et une lumière qui à trop vouloir singer Caravage perd de vue la nécessité de l’aridité.

Visuel © Michel Corbou

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