Théâtre
« Les explorateurs »: se rencontrer en traversant des terres lointaines

« Les explorateurs »: se rencontrer en traversant des terres lointaines

24 septembre 2020 | PAR Mathieu Dochtermann

En ce jeudi commence le festival J-365, qui alterne à Charleville avec le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes. Premier spectacle au programme, Les explorateurs de la compagnie Atipik est un récit initiatique pour tous publics, une rêverie au travers de paysages oniriques, prenant prétexte d’une quête généalogique dans une famille d’exploratrices. Très joliment mis en image, un spectacle qui fait beaucoup appel au jeu, mais également au théâtre d’ombre et aux projections de divers types. Une belle fable, compatible avec de jeunes auditoires.

Lou, la dernière-née d’une longue lignée d’exploratrices, découvre un message laissé à son adresse par sa défunte grand-mère… C’est l’amorce d’un récit générationnel et initiatique, où la protagoniste-narratrice se lance à la recherche de l’arbre dans lequel l’esprit de sa grand-mère est « descendu »…

Evidemment, c’est là l’amorce d’un voyage en forme de quête, la découverte du monde et de l’inconnu rimant avec l’exploration de l’univers intérieur et familial, autant qu’il fait écho d’ailleurs à la découverte de la nature. Loin d’être niais, le spectacle n’oublie pas d’être poétique, et de brouiller les frontières entre souvenir et vécu présent, rêve et réalité, les paroles des ancêtres résonnant dans les couloirs du temps sous la cîme des arbres dont les racines plongent jusqu’au ciel…

On a dans ce récit les ingrédients de la prise de conscience du monde et de l’environnement, de l’hérité et de l’exéprimenté pour soi, et cela en fait un joli spectacle pour les jeunes spectateurs. En même temps, Les explorateurs devrait presque s’appeler Les exploratrices, puisque tel est le genre des différentes héroïnes impliquées… et cela en fait un beau spectacle pour apprendre aux petites filles qu’elles aussi ont le droit de se rêver en Indiana Jones. Peut-être d’ailleurs sur ce dernier aspect l’écriture du spectacle se laisse-t-elle piéger par les sirènes de l’explication didactique, qui, pour avoir des vertus, n’en égratigne pas moins la dramaturgie de la pièce.

L’interprète traverse son rôle avec intensité – on le comprend d’autant mieux que c’est elle qui a écrit la pièce. Le jeu est juste, l’engagement ne va pas jusqu’à l’exagération. Elle est accompagnée d’une très belle mise en images, et d’une mise en musique qui ne l’est pas moins.

La scénographie en poteau et en toiles tendues sur divers plans permet de projeter les images de la forêt, des animaux, des plantes, en jouant sur une palette de techniques qui, loin de se téléscoper, se marient entre elles avec un bel équilibre: théâtre d’ombre, projection vidéo d’images filmées sur table, silhouettes projetées au rétroprojecteur… C’est tout un univers sylvestre, tout un bestiaire plus ou moins fantastique qui s’incarne avec beaucoup de délicatesse. Mais dès que les projections s’arrêtent ou que la lumière devient un peu plus soutenue, cela révèle aussi les éléments en carton dans leur crudité… on ne peut pas tout avoir! Dans une cerftaine mesure, c’est assumé puisque la musique et la manipulation d’images se font non seulement en direct mais à vue!

En somme, un spectacle très esthétique, sur une bonne idée d’écriture, avec une interprète convaincue… et du coup convaincante!

 

 

Jeu et écriture Pauline Méreuze I Mise en scène et manipulation Elisabeth Algisi I Regard extérieur Alexandre Picard I Création sonore et musique en direct Philippe Billoin I Construction décor Ionah
Mélin I Costumes Jennifer Menard I Technique Antoine Lenoir I Soutiens Festival Mondial des Théâtres
de Marionnettes, Région Grand Est (aide à la création) et DRAC Grand Est (aide à la création 2020) I Photo
Hervé Dapremont

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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