Théâtre
Les Estivants ou la déprime joyeuse de Gorki par le TGSTAN

Les Estivants ou la déprime joyeuse de Gorki par le TGSTAN

01 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le collectif flamand tg STAN (S(top) T(hinking) A(bout) N(ames)) revient au Festival d’Automne et au Théâtre de la Bastille. Ils nous avaient déçus avec Le Tangible si loin du réel. Ici, ils s’amusent avec Les Estivants de Maxime Gorki. Malgré des erreurs de rythme, le spectacle est un coup de fouet efficace pour vous redonner le moral par temps de crise et de froid précoce.

Jolente De Keersmaeke (oui c’est la sœur de…) est Varja. Paumée élégante. Elle doute de la vie, des ses amours, elle attend l’arrivée de son idole de jeunesse, l’écrivain Slajimov. Sa potentielle belle-sœur, Maria dira « Nous vivons dans un pays où l’écrivain est la conscience du peuple ». Dans ce monde où l’artiste règne en mythe, ils ont tous au moins deux noms, pièce Russe oblige… Il se dessine une famille : Maria dont est épris Vlas, frère de Varja elle même mariée à Serguei, entre autres ! Les voilà neuf. Pièce Russe encore et tg STAN surtout, on assiste à un théâtre dans le théâtre où aux cintres en bois s’agrippent des projecteurs visant un plateau haut où rien ne jouera. Les planches de bois sont amenées sur scène, les tréteaux se cassent la gueule. Stéphane Capron, dans son article paru dans l’excellente revue « Scène Web » pointe une sensation de déjà vu : « le dispositif scénique des Estivants ressemble étrangement au spectacle « Paroles, pas de rôles / vaudeville » qui avait marqué la saison 2010/2011 au Vieux-Colombier. L’un des membres de tg STAN, Damiaan De Schrijver était l’un des metteurs en scène de ce projet ». Reste que le dispositif sert exactement le propos.

Il y a cette volonté de faire semblant d’être fragile. La pièce est celle de la désillusion humaine. « Le droit des êtres humains à être leurrés ». Elle veut être poète, lui veut en aimer une autre. Tous ces estivants veulent une autre vie.

Le collectif fait résonner le sujet avec leur existence même, eux qui ont décidé de s’émanciper du poids du metteur en scène, on entendra « Ils font semblant de faire des choses (…) bref ils font du théâtre » ou, « Mais où est le metteur en scène ? », s’amusent, en français s’il vous plait, avec tous les degrés de lecture du texte.

Les estivants, ici s’engage du côté des femmes qui, dans la figure de Varja est la seule clairvoyante. Humour dingue aussi sur leur statut d’artistes flamands sur une scène française. Ils bafouillent, frisent le fou rire et nous embarquent avec eux dans la vanne.

Aucune rupture de rythme ne permet de prendre tout cela au sérieux, mis à part, un magma humain vers la fin du spectacle qui là encore est symbole de la quête de Varja. Ce moment là est trop rare. Jusqu’aux saluts, le tempo est violent, intense mais sur le moment réjouissant.

On rit aux éclats, on sort joyeux, pris dans l’énergie et la qualité de jeu du tg STAN. Mais en resserrant le propos, le collectif permettrait de révéler un peu plus toute la douleur qui anime ces gens qui nous ressemblent, petits bourgeois aux vacances locales.

Visuel : © Tim Wouters

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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