Théâtre

Les élèves de 3e année du CNSAD présentent leur atelier d’automne, mis en scène par Gérard Watkins d’après « Zone à étendre » de Mariette Navarro.

Les élèves de 3e année du CNSAD présentent leur atelier d’automne, mis en scène par Gérard Watkins d’après « Zone à étendre » de Mariette Navarro.

29 novembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

« Zone à étendre » fait évidemment référence à la Zone à défendre. Il semble s’agir d’une évocation  poétique de la vie des zadistes et de leur credo politique. La pièce se révèle être une magnifique et touchante métaphore du théâtre dans ce qu’il oblige la vie et la création en communauté.

 

Une manière  renouvelée du vivre ensemble.

La grande salle Louis Jouvet du Centre national supérieur d’art dramatique est entièrement drapée de velours noir. Les habitués imaginent les précieuses boiseries escamotées derrière ce parement. Dans un dispositif en arène, le plateau au centre est une bande de terre accidentée. Des personnages déjà sur des coins du plateau miment le monde moderne et ses occupations futiles. À partir du texte de Mariette Navarro qui propose une réhabilitation des zadistes diabolisés par les médias, les élèves de l’atelier de 3ème   année ont mis en espace une rencontre d’individus bigarrés au milieu d’une forêt, terreau originel autant que futuriste d’un mode de vie à reconquérir autant qu’à réinventer. La force de la pièce et de son écriture plateau réside dans une réflexion sur la capacité au changement, au loin une idéalisée  métamorphose de nos sociétés. Le propos est naïf cependant que la fougue et l’implication des jeunes comédiens obligent à imaginer réaliste ce changement de paradigme.  L’homme parviendra-t-il sans verser dans un ridicule ou une radicalité  à renouer avec la nature.

Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves

La pièce s’apparente à un exercice de cohésion de groupe. Les zadistes s’humanisent. Ils ne parlent plus d’une seule voix. Chaque individu est singulier, du plus grégaire au misanthrope acariâtre. Enchâssé dans ce récit il y a celui de la troupe de cette promotion du CNSAD. En creux on perçoit les questions et les tensions entre les comédiens eux mêmes, entre ceux de la communauté des artistes domiciliée en une forêt, lieu du phénomène de la création  comme une végétation mentale.  Et puisque  Gérard Watkins, chef d’orchestre de ce joyeux songe utopiste connaît son théâtre, voilà que la troupe monte une pièce au sein de la pièce. Cette pièce sera une réplique modifiée mais tout aussi hilarante de la parodie  de Pyrame et Thisbé du Songe d’une nuit d’été. La troupe des élèves comédiens prouve alors sa cohérence son talent et sa puissance comique.

Le spectacle onirique, admirablement esthétique  interroge des formes alternatives  de vie en collectivité et les formes alternatives d’art de la scène. C’est épatant. Et nous rassure sur cette promotion.  Citons-les :  fabuleux Logan Antuofermo, Clémentine Aussourd dans un rôle impossible, Salomé Ayache à la limite de la brisure, parfait Louis Berthélémy, admirable Adrien Dewitte, solide Ahmed Hammadi Chassin, lumineuse May Hilaire, lunaire Virgil Leclaire, puissante Margot Madani, plurielle Florence Mazot et  éblouissante Lisa Toromanian.

 

Zone à étendre de Mariette Navarro par les élèves de 3e année du CNSAD, mis en scène par Gérard Watkins.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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