Théâtre
Les Descendants et un dialogue toujours possible avec l’Autre. Au Théâtre de l’Aquarium

Les Descendants et un dialogue toujours possible avec l’Autre. Au Théâtre de l’Aquarium

06 mai 2012 | PAR Celeste Bronzetti

Au milieu de la cour encore imbibée de pluie de La Cartoucherie, le Théâtre de l’Aquarium présente son nouveau spectacle : Les descendants. Un projet théâtral qui met en scène la question du dialogue entre des cultures des générations toutes deux différentes. Un ouvrage fondé sur un principe de confrontation dialogique qui en fait un work in progress.

Deux orphelins et les questionnements sur leurs origines ouvrent la pièce : est-ce qu’il faut connaître son passé pour pouvoir se projeter dans le futur ? Trois générations se confrontent et les scénarios de trois différentes époques se chevauchent sur scène. Une dictatrice, dans un temps passé qui reprend vie, planifie un génocide afin de purifier la dynastie dont elle est à la tête. Plus tard, dans un observatoire astronomique hors de tout repère géographique, les orphelins ne savent plus de quel parti ils sont les descendants, s’ils sont les fils des victimes ou des bourreaux. Encore après, leur fille veut savoir d’où elle vient : elle comprend que pour bâtir son propre chemin, elle doit assumer ses origines.

Les personnages sur scène parlent quatre langues différentes et passent de l’une à l’autre comme si elles étaient interchangeables, comme si chacun d’entre eux pouvait s’exprimer de la même façon en français, turque, allemand et anglais. Cela donne la sensation de la création d’une cinquième langue qui ne correspond à aucune des langues parlées, mais plutôt à un idiome pré-babélique, existant avant toutes différenciations. Cet effet choral a été spécialement recherché par le metteur en scène Bruno Freyssinet qui, à la fin du spectacle a expliqué au public la genèse de la pièce et l’inspiration qui lui est venue lors de la rencontre avec l’écrivaine d’origine turque Sedef Ecer. Intellectuelle aux facettes multiples, elle a grandi en tant qu’artiste dans un milieu international et elle se nourrit du dialogue difficile entre Orient et Occident. Avec Freyssinet elle a tout de suite partagé l’intérêt de croiser les grands questionnements sur les équilibres géopolitiques de l’histoire contemporaine et l’art dramatique.

Sans s’y référer directement, Les descendants met sur le plateau les plus grands drames humains du dernier siècle : de la Shoah au génocide arménien, des guerres mondiales aux moments de réconciliation. Les questions que ces événements ont soulevé et soulèvent encore sont épurées de toutes contingences historiques et buts politiques et interpellent la population mondiale héritière du poids des responsabilités de l’histoire du XXè et de ce début du XXIè siècle.

Le texte, construit de façon très intelligente, touche des sommets extrêmement spirituels pendant lesquels les mots se fusionnent aux mélodies des langues dans lesquels ils sont proférés. Le résultat est une réflexion profonde sur la rencontre avec l’Autre et sur le dialogue qui trop souvent, tout au long de l’histoire, s’est transformé en source de peur plutôt que de richesse.

Le manque de coordination entre les sous-titrages et l’avancement du dialogue a rendu parfois l’intelligibilité de la pièce plus ardue. Pourtant, une fois que le pari de la mise en scène est accepté par le spectateur, il est facile de se laisser conduire par la musique énivrante du mélange linguistique, évocateur d’un dialogue multiculturel toujours possible. Les mélodies d’un piano sur le fond l’accompagnent.

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Celeste Bronzetti

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