Théâtre
Lecture américaine au TCI : beauté du texte, force du théâtre

Lecture américaine au TCI : beauté du texte, force du théâtre

20 novembre 2021 | PAR Barbara Pebrel

La pièce de théâtre Lecture Américaine a été écrite par Daphné Biiga Nwanak et mise en scène par elle et Baudouin Woehl. Ce spectacle plein de finesses pose beaucoup de questions, résonne avec le contexte actuel et offre des émotions en bataille.

Lettre.s de New-York

Cette pièce c’est un monologue porté par sept comédien.nes brillant.e.s : Lucas Borzykowski, Daphné Biiga Nwanak, Romain Gneouchev, Elsa Parent-Koenig, Lisa Petit de la Rhodière, Léa Sery. Ce monologue, c’est une lettre, des lettres. Des lettres qu’écrit Daphné depuis New-York. Ces lettres parlent de cette ville-monde, celle des films et des États-Unis, mais surtout la dramaturge nous parle de ses ressentis lorsqu’elle se balade dans New-York. Elle s’adresse à un amant, un amour, un père, à personne ou à tous. Entre réflexions personnelles et déclarations solennelles, Daphné Biiga Nwanak nous offre un texte superbement écrit à écouter et à lire.

New-York c’est la ville d’entrée du rêve américain, la ville d’Ellis Island et de tous les possibles. Dans le contexte socio-politique actuel, comment ne pas être bouleversé par la manière dont l’auteur nous parle d’immigration ? Plongé dans le noir, elle nous énumère des films iconiques, puis des noms, trouvés dans les registres d’Ellis Island, ceux d’immigrer du monde entier, qui ont créé et porté ce cinéma. L’immigration, elle connait bien, son père, dont elle porte le deuil, a quitté son pays pour la France. Tout le spectacle interroge l’identité de cette ville-monde et les identités créées par l’immigration. Elle nous prévient : elle ne parle pas du racisme, son sujet c’est le monde, s’il est raciste, c’est une autre histoire.

Théâtralité poétique

Dans la mise en scène, Daphné Biiga Nwanak et Baudouin Woehl utilisent des symboles forts. Pendant deux tiers du spectacle, la salle est éclairée. On voit les autres spectateurs, nous ne sommes pas individuellement en train de profiter d’un spectacle, nous sommes un groupe, une nation, face à une réflexion. Pour accentuer cet aspect, ils nous mettent face à nous-mêmes et nous forcer à nous regarder les uns les autres en plaçant des miroirs sur scène. Nous passons de spectateur-public à spectateur-acteur sur scène.

Le dernier tiers de la représentation. Nous sommes plongés dans le noir. Le texte défile sur un écran et un piano accompagne la lecture. Une ambiance poétique tendre entre salle de cinéma et une lecture au coin du feu. Le piano sur scène à un son métallique, jusqu’à ce que la pianiste retire les chaines qui étaient dans les cordes. C’est le doux son d’un piano libéré qui nous berce pour les dernières phrases du texte.

 

Écrite brillamment et portée par une mise en scène minimaliste et intelligente, cette pièce de théâtre vous fera rire et pleurer et vous interrogera sur le monde qui vous entoure et sur vous-même.

Vu au Théâtre de la Cité Internationale le 18 novembre

Visuel : © Jean-Louis Fernandez

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Barbara Pebrel

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