Théâtre

L’Ecole Charles Dullin ne se MOOC pas de ses élèves

L’Ecole Charles Dullin ne se MOOC pas de ses élèves

25 septembre 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Depuis le début de l’année 2018, l’école Charles Dullin, basée à Paris, propose aux internautes francophones de toute la planète des cours de mise en scène sous forme de MOOCs payants. Une tentative de renouvellement qui semble trouver son public.

Une vieille dame fait peau neuve

Avec près d’un siècle d’histoire, l’école Charles Dullin a fait très longtemps partie des cours privés les plus réputés, où l’art théâtral est enseigné, dans l’esprit d’un maître fondateur, à de jeunes comédiens aspirant à rejoindre le petit cercle d’irréductibles qui font de cette passion leur métier, contre vents et marées. Des noms aussi imposants que ceux d’Antonin Artaud, Etienne Decroux, Jean Vilar, ou aussi populaires que ceux de Serge Reggiani ou Pierre Richard, se distinguent dans la très longue liste de ses anciens élèves.

Les années ont passé, et l’école, plusieurs fois, a dû déménager, se réinventer. Depuis 2011, l’activité de formation d’acteurs avait cessé. Pour mieux renaître de ses cendres, et retrouver un second souffle, l’équipe pédagogique a choisi une méthode et un créneau, qui lui semblent fructueux. La méthode, devenue très à la mode, celle du MOOC (acronyme de l’anglais massive open online course, qu’on peut traduire par « cours en ligne ouvert et massif »). Un créneau, où l’offre est encore – dit-on – relativement pauvre en France, celle de la formation à la mise en scène. Le pari est qu’il se trouve suffisamment d’aspirants au métier de metteur en scène, ou au moins d’amateurs et autres professionnels ayant besoin de quelques outils de base, pour rendre l’activité rentable.

Une formule assez classique

Les cours se déclinent en modules, dont 6 existent actuellement, abordant des thèmes tels que l’espace ou la direction d’acteurs. Pour chaque module, une série de vidéos constitue la trame d’un cours, que vient compléter des interviews de metteurs en scène reconnus – on ne peut s’empêcher de sourire à ce côté un peu « people », mais chacune et chacun sera assurée de trouver des intervenants à son goût.

Cette base se trouve complétée par des activités pédagogiques optionnelles, et, pour la formule payante (69 euros chaque module), par un exercice final de niveau plutôt relevé qui conditionne la délivrance d’une certification. Le tout est complété par une communauté online invitée à rejoindre des groupes de discussion privés sur internet, et des moyens de professionnalisation mis à dispositions des diplômés, tels des stages de mise en scène.

Un lancement plutôt convaincant

Il faut reconnaître que la qualité des vidéos est tout-à-fait bonne. Non seulement le traitement très professionnel donne un son clair et agréable et une image léchée, mais le contenu est riche et structuré, même s’il est évident qu’il est impossible de donner autre chose que des notions de base en une dizaine d’heures de vidéos sur des sujets aussi vastes que « concevoir et diriger un projet ».

On peut regretter le manque de documents mis à disposition, chaque élève étant largement renvoyé à ses propres moyens s’il veut approfondir une notion – sur la base d’une bibliographie aussi longue qu’intimidante. Et le manque d’exercices obligatoires récurrents ne permettra qu’aux mieux organisés – qui ne sont pas forcément par ailleurs les plus doués ou les plus motivés – de profiter au mieux du cours. Ce sont des écueils qui sont courants, dans les MOOC.

Surtout, le succès de cette formation se fera à l’aune de son utilité réelle pour ceux qui recherchent à rentrer dans le métier. Les critères décisifs, de ce point de vue, seront la réputation acquise auprès des professionnels du milieu, et la qualité des stages et partenariats proposés par l’école. Sur ce second point, il semblerait que le travail avance bien.

En tous cas, la formule gratuite fourmille déjà de vidéos très intéressantes pour qui a la curiosité de creuser les différents aspects de la mise en scène. C’est une ressource de qualité, et précieuse. Et, à soi seul, cela mérite déjà d’être salué!

A retrouver en ligne sur le site https://ecolecharlesdullin.fr/mooc/.

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

One thought on “L’Ecole Charles Dullin ne se MOOC pas de ses élèves”

Commentaire(s)

  • Nicolas Lorach

    Merci pour cet article, les MOOC de l’Académie Charles Dullin sont une ressource très intéressante, notamment pour les troupes amateurs. Ils ont également une offre de stages, car la pratique est évidemment essentielle: https://academiecharlesdullin.fr/les-stages/

    Je profite de cet article pour parler du site que j’ai créé, Haut Les Cours, qui est lui aussi animé par une démarche qualitative. Le site référence de très bons cours de théâtre amateur à Paris et en région parisienne: https://hautlescours.fr/theatre/scene-theatre/

    Les articles de recommandation, longs et fouillés permettent un choix informé.

    avril 5, 2019 at 10 h 56 min

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