Théâtre

Le sale est beau à la Commune

Le sale est beau à la Commune

21 mars 2019 | PAR Bertille Bourdon

Pour cette douzième pièce d’actualité, le théâtre de la Commune a demandé à la metteuse en scène Marion Siéfert de proposer sa vision de la modernité du théâtre. Sa réponse, c’est Du Sale !, une danseuse de popping et une rappeuse.

Ça commence par un face à face, en pleine lumière. Au fur et à mesure que la danseuse Janice Bieleu s’avance vers le public, de ses mouvements frénétiques naît une angoisse, son souffle s’accélère et résonne dans la salle. La force du spectacle tient déjà là, dans cet échange, dont on ne sait pas s’il est confrontation ou invitation. Dans le silence, Janice Bieleu démontre la force d’une danse de battle, qui devient ici une manière de s’exprimer à part entière. Rien ne se fige jamais en elle, malgré les saccades, grâce à la force de l’expression de son visage, assez rare en danse. 

Comment parler, d’où, à qui ? La scène du théâtre est le lieu même pour poser ces questions. Le pari de Marion Siéfert, c’est de montrer que la pratique du rap se fonde sur la même angoisse, et peut trouver une résolution sur cette même scène. La Commune devient alors lieu hybride, où la salle de concert et la rue se mêlent à la scène de théâtre. Métamorphose étrange des unes et des autres, comprise dans l’affirmation qui ouvre et clôt la pièce : « C’est pas normal que je sois là ». Cette assertion vient de Laetitia Kerfa, actrice qui ouvre la pièce en démolissant les raisons de la faire. Elle déroule le processus qui l’a menée ici – les recherches de Marion Siéfert dans tous les concerts de rap de région parisienne, et finalement le casting qui la mènera à Laetitia Kerfa, aka Original Laeti, son nom de scène lorsqu’elle rappe.

C’est donc ce duo qui mène la douzième pièce d’actualité. Entre l’actrice et la danseuse, l’union des corps fonctionne si bien qu’elle devient métamorphose. 
Dans quelques beaux moments, elles se soutiennent, comme si elles partageaient le même corps. 

L’union, c’est finalement la trame de la pièce, puisque Laetitia Kerfa commence ainsi : « on est plein dans ma tête ». Plein de femmes qu’elle aurait pu être, plein de vies qu’elle s’imaginait avoir, pour jouer, enfant. Aujourd’hui, ces vies pas vécues, elle les joue, comme pour les exorciser, sur scène. 
La scène, pour se rêver, avec beaucoup d’ironie, dans un clip de RnB. Pour détruire les rôles passifs des femmes dans les carcans de la séduction et de la sexualité. Pour être Lady Macbeth (une scène à la très belle scénographie, mais pas très convaincante).
Jouer tout ce qu’elle n’est pas pour nous donner à voir ce qu’elle est.
Le théâtre, pour faire union de tous ces vies, pour être elle même.

Et, paradoxe sur lequel repose tout l’intérêt de la pièce : c’est quand elle s’extraie de ce rôle de « rappeuse » que Laetitia Kerfa déploie un talent d’actrice certain, pour atteindre quelque chose de plus vrai. 

La cohésion entre théâtre, danse et rap et réussie, parfaitement soudée par la danse finale. 

Du sale ! à la Commune jusqu’au 24 mars.

Puis, au théâtre des Amandiers de Nanterre du 5 au 7 avril 2019

PHOTO MATTHIEU BAREYRE

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Bertille Bourdon

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