Théâtre

« Le monde d’hier » de Stefan Zweig : une pièce intimiste à méditer

« Le monde d’hier » de Stefan Zweig : une pièce intimiste à méditer

26 novembre 2018 | PAR Jean Emmanuel P.

Auteur d’une « Lettre à une inconnue » et de « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme », Stefan Zweig a connu les ravages de la Première Guerre mondiale et reçoit en plein cœur les signes alarmants de la Seconde. Juif de langue allemande, il s’exile d’abord à Londres puis au Brésil, où il termine son livre-testament avant de suicider à 60 ans. « Le monde d’hier » est adapté pour la première fois au théâtre.

Dans la mise en scène proposée par le Théâtre 71 (Malakoff), le décor est minimaliste : un mur gris, quelques chaises dont certaines renversées, un seul-en-scène, et un fond sonore entrecoupé de quelques notes musicales. Une sobriété qui ne semble pas faire immédiatement théâtre. Mais après une demie heure, l’attention du public finit par être (r)attrapée. C’est précisément au moment où l’acteur, Jérôme Kircher, centre le propos sur l’arrivée d’Hitler au pouvoir, dont – souligne Zweig – beaucoup de contemporains minimisèrent la gravité.

Avant d’être une pièce de théâtre, «  Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen » est d’abord un récit autobiographique, paru en 1943, de l’écrivain autrichien Stefan Zweig, qui décrit la vie familiale de l’auteur, de la Vienne du début du siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi un livre considéré comme le testament littéraire de l’auteur, le dernier qu’ait écrit Stefan Zweig, avant son suicide en 1942 à Pétropolis (Brési).

Alors que la voix du comédien Jérôme Kircher semble comme voilée, la pièce se met finalement en route. Les extraits présentés dans le spectacle jonglent entre l’histoire politique et culturelle de l’Europe du début du siècle et des souvenirs personnels de l’auteur, ami de Freud et de Rilke. Certaines citations sont de véritables aphorismes qui claquent par leur lucidité en pleine face du spectateur. Zweig, l’un des écrivains les plus lus de son temps, fut quelques temps après un homme dont les livres furent brûlés, rejeté ici parce que juif et là parce que de langue allemande. C’est ce que l’auteur, par l’entremise du comédien, nous dit d’une voix à la fois simple mais puissante d’émotions.

Au final, ce n’est pas le moindre des mérites de cette représentation théâtrale d’inviter le spectateur à vouloir se plonger dans « Le monde d’hier », moins connu que d’autres livres de Zweig. Le spectacle se termine d’ailleurs sur un avertissement à méditer : «  jamais (…) une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle puissance intellectuelle dans une telle décadence morale. » Avec la montée des nationalismes et les questionnements sur le devenir de l’Europe, le propos raisonne encore aujourd’hui avec acuité…

 

Distribution : Le Monde d’hier, souvenirs d’un européen de Stefan Zweig (Éd. Les Belles Lettres), avec Jérôme Kircher, adaptation Laurent Seksik, mise en scène Jérôme Kircher et Patrick Pineau, vu le 23 novembre au Théâtre de Malakoff.

Photos :© JEM

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Jean Emmanuel P.

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