Théâtre

« Le Moche » est beau dans la mise en scène de Nora Granovsky à Avignon

« Le Moche » est beau dans la mise en scène de Nora Granovsky à Avignon

26 juillet 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans le cadre du  » Nord-Pas de Calais en Avignon », la présence Pasteur accueille « Le Moche » une pièce acide de Marius Von Mayenburg. Il est  le dramaturge du metteur en scène Thomas Ostermeier, cela n’étonnera personne!

Lette est un homme moche, très moche, mais il ne le sait pas. Un jour, son patron lui annonce que, non, il n’ira pas présenter le 2CK,  un produit sur lequel il travaille depuis des mois en raison de son visage infâme. L’homme décide alors de se refaire une gueule. Un chirurgien vorace casse tout et le transforme en homme sublime. Tous veulent alors ce même visage. Face à ce succès, la ville entière devient alors une communauté d’hommes à une seule figure.
Le texte est conçu comme un cauchemard qui pourrait presque devenir un conte à raconter aux enfants tant la morale est acide. Mayenburg attaque le culte de la beauté au scalpel en posant la question de l’individualité dans une société vouant un culte à la chirurgie esthétique. L’absurdité gagne du terrain et l’homme modèle, le premier moche, joué par le tendre Christophe Carassous sombre dans un tourbillon kafkaïen.
La force de la mise en scène réside dans le jeu des comédiens  à visage découvert, c’est dans une quasi subjectivité que le « beau » et le « laid « sont définis. Seuls quelques changements dans la voix et dans les postures permettent de dire si le personnage a été opéré ou non.

Une fois tous semblables, qu’est ce qui définit un être humain d’un autre ? Deviennent-ils interchangeables ? Le texte, superbement écrit, soulève des questions philosophiques très actuelles et raisonne fortement avec la recrudescence de vagues racistes en Europe. Comment ne pas penser au nazisme rêvant d’un homme à modèle unique?

Le jeu des comédiens est magnifique, rythmé et entrainant. La scénographie pertinente définit plusieurs espaces entourés par des miroirs dans lesquels –  idée géniale –  personne ne se regarde… Ils deviennent tour à tour une salle de réunion, un appartement, une chambre d’hôtel, un hôpital. La très belle création lumière rajoute à la modernité de la mise en scène .

La pièce fonctionne grâce à son texte fort et au jeu très juste des comédiens. Contrairement à la mise en scène de Jacques Osinski qui, au Théâtre du Rond-Point, manquait de folie, ici, le délire est partout , de la couleur des cols roulés au slow motion des scènes dansées.  On se marre sincèrement face à cette histoire absurde, remède à l’angoisse de ce cauchemar éveillé et sans issue.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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