Théâtre
Le merveilleux roman de John Steinbeck « des souris et des hommes » sur les planches !

Le merveilleux roman de John Steinbeck « des souris et des hommes » sur les planches !

27 novembre 2012 | PAR Tatiana Chadenat

« Les plans les mieux conçus des souris et des hommes ne se réalisent pas toujours ». Cette phrase de Robert Burns, qui a inspiré le mythique roman de John Steinbeck « des souris et des hommes », illustre avec force sa mise en scène par Jean-Philippe Evariste et Philippe Ivancic qui fait fureur depuis 10 ans sur les planches. Une histoire qui a commencé en 2001, au Théâtre 13 et qui triomphe depuis. Après une courte pause, les deux complices qui interprètent respectivement le rôle de George et de Lennie, reviennent sur les planches du Théâtre 14 pour revisiter une fois encore ce merveilleux texte, avec un casting de rêve qui n’a pas fini d’attirer des foules de spectateurs.

L’histoire d’amitié entre George et Lennie se noue sur fond de Grande Dépression, l’Amérique rurale des années 30. C’est l’histoire humaine du rêve américain des « laissés pour compte », celle de la réalité au goût amer. Celle pendant laquelle l’auteur, l’un des plus lus du XXème siècle, Prix Nobel de Littérature en 1962, a voulu dresser le portrait des oubliés, des exclus, des victimes de la crise, des petites gens en mal de rêve et d’espoir. Cette histoire, c’est celle de Lennie et celle de George, nomades vagabonds travaillant de ranch en ranch.

Lorsque la lumière s’allume sur la scène du Théâtre 14, elle découvre des panneaux faits de lattes en bois clair qui laissent traverser la lumière du jour. Ils représentent le ranch évidemment mais suggèrent aussi l’enfermement dans la limite du rêve et de l’espoir. Un décor simple, présent tout au long de la pièce, et censé représenter les grands espaces de l’Amérique sauvage. Il déçoit de linéarité, surtout au début et à la fin de la pièce, mais l’excellente prestation des comédiens fait oublier cette faiblesse scénographique, par ailleurs suffisante au milieu de la pièce. Un jeu de lumière maîtrisé, qui atteste bien des grands espaces chauds californiens.

La relation intemporelle et universelle qui lie les deux personnages, pièce maîtresse du roman de Steinbeck, est merveilleusement interprétée par les deux comédiens. En ressort une intensité émotionnelle forte. Ils sont liés par les sentiments mais aussi par une condition sociale qu’atteste des costumes similaires : un bleu de travail, une veste marronnasse, et des bottines de travail.

Plus que le roman, la pièce amuse l’audience par la bêtise d’un Lennie, qui noue le ventre par endroit, mais qui fait sourire. Phillipe Ivancic incarne magistralement ce grand enfant, costaud et bon à tout faire, gentil et rieur, cruel et abruti, mais toujours attendrissant. Un personnage que George, irrationnel parce que trop paternaliste, prend sous son aile. Mais comment ne pas s’y attacher ? «J’ai rien fait d’mal George, j’ai rien fait d’mal» baffouille-t-il comme un enfant à ses parents, face à chacune de ses bêtises. Lennie aimant trop fort, embrasse d’amour ceux qu’il aime, mais, avec sa force qu’il ne maîtrise pas, tue, souris, lapin, chiot, puis femme … Le conduisant à une fin tragique inévitable difficile à accepter pour le lecteur, comme pour le spectateur.

Les hommes du ranch sont tout simplement fabuleux : on n’a pas eu la chance de voir Jacques Herlin qui joue Candy en alternance mais le privilège de le voir interprété admirablement par Jean Hache en vieux angoissé. Jacques Bouanich fait un merveilleux Carlson, Hervé Jacobi, un très bon Whit, deux hommes de la terre, rustres et bruyants. Augustin Ruhabura incarne Crook dont le personnage rappelle la ségrégation de l’époque sur un très juste ton. Le leader contesté du ranch, méchant et jaloux Curley, «fils de» plutôt nerveux est interprété par Emmanuel Dabbous qui affirme sa virilité à coup de bottes en cuir, de gant en cuir, de poils sur le torse,  d’yeux noirs. Agnès Ramy sa femme, rend compte avec finesse de la femme perdue, totalement cruche mais lucide sur son pauvre sort. Enfin, Henri Déus se meut en patron de ranch exigeant. Le panel d’hommes extrêmement bien rendus par des comédiens rodés.

Une pièce rendue efficace par ses comédiens s’attaque à un monstre de la littérature dont il est difficile de satisfaire pleinement les fanatiques. Par moment, la densité émotionnelle du livre d’«un auteur qui en si peu de pages, avec des mots si simples et sans rien expliquer, a fait vivre si loin, si profondément et si fort» (Joseph Kessel) est un peu tempérée.

Photos : LOT

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