Théâtre
Le marchand de Venise, un superbe Shakespeare tout en modernité au Jardin Shakespeare

Le marchand de Venise, un superbe Shakespeare tout en modernité au Jardin Shakespeare

20 août 2012 | PAR La Rédaction

Les plus beaux joyaux sont souvent bien cachés et c’est le cas du théâtre de Verdure du jardin Shakespeare. Dissimulé au milieu du bois de Boulogne, l’endroit vaut bien le détour. Surtout lorsque l’on a la chance d’y découvrir une adaptation du Marchand de Venise à la fois dans l’air du temps et en adéquation avec l’esprit de l’immense dramaturge britannique. Tout cela dans un cadre enchanteur, un incontournable moment théâtral de l’été !

C’est bercée par le clapotis de l’eau que s’ouvre la pièce. Et c’est un détail qui compte lorsque l’œuvre est censée nous immerger dans l’ambiance vénitienne de l’époque. Le théâtre de Verdure nous offre une scène en plein air des plus agréables par des temps si caniculaires. Mais le paysage est surtout féerique. Un petit canal, un saule pleureur, le vert éclatant de la végétation foisonnante, auquel le soleil couchant donne des nuances orangées et des reflets dorés. Une atmosphère idéale pour aborder la comédie la plus controversée de Shakespeare.

Si le texte est d’une qualité incontestable, la pièce fut, en effet, l’objet de polémiques quant à son éventuel antisémitisme. Elle nous présente un jeune vénitien, Bassanio, ayant besoin d’argent pour demander la main de Portia, son aimée. Celui-ci se tourne vers son ami Antonio, un riche marchand vénitien, qui va emprunter la somme à un usurier juif, Shylock. Mais les termes du contrat sont bien particuliers et le prêteur demande comme garantie une livre de chair d’Antonio. Malheureusement, les navires du marchand ne rentrent pas au port comme espéré et il ne peut honorer sa dette à temps. Shylock, qui découvre qu’Antonio est responsable de l’évasion de sa fille et de sa conversion au catholicisme, est envahi par la haine et décide pour se venger, de faire appliquer la sentence. Il prélèvera la livre de chair dans le cœur d’Antonio. C’est donc une œuvre pleine de clairvoyance sur la nature humaine mais également le miroir des préjugés antisémites de l’époque. Avec, toutefois, une tirade bien célèbre sur l’égalité entre les hommes qui pourra être considérée comme une distance prise par l’auteur vis-à-vis de la pensée dominante de son temps.

Carine Montag, la metteuse en scène, ainsi que l’adaptateur Michèle Dèque ont décidé de modifier quelques passages, voir même le dénouement, afin de proposer une approche plus contemporaine. Mais si l’adaptation est certes audacieuse, elle ne choque pas et se déploie tout en harmonie avec le texte original. De plus, l’ajout de personnages drapés de noir et portant des masques blancs symbolisant les angoisses de l’âme humaine est particulièrement ingénieux et à propos. On notera également une brillante utilisation de la musique, mise au service du rythme de la pièce. Alternant ainsi, mélodie entraînante, intrigante ou même inquiétante. Les acteurs ne sont pas en reste, avec un Shylock (Michel Grand) particulièrement éloquent et un Doge de Venise (Walter Hotton) drôle et juste. La jeune metteuse en scène au parcours varié, formée notamment par le grand John Strasberg a une large expérience du théâtre, d’abord en tant que comédienne. Mais elle réalise ici une performance percutante, qui concilie souci du rythme et réflexion sociologique avec brio. C’est donc une pièce à la fois moderne, subtile et pleine d’humour que nous offre Carine Montag.

« Le Marchand de Venise » de Wiliam Shakespeare, Mise en scène : Carine Montag. Musiques de Jerôme Sétian. Adaptation de Michèle Dèque. Acteurs : Michel Grand, Frédéric Roger, Arnaud Bruyère, Florence Desmidt, Olivier Banse, Walter Hotton, Anne-Fanny Kessler et Jerôme Sétian.

Ruben Moutot.

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La Rédaction

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