Théâtre
Le jeu de l’amour et du hasard au théâtre Mouffetard

Le jeu de l’amour et du hasard au théâtre Mouffetard

08 décembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Monsieur Orgon propose à sa fille Silvia de rencontrer un prétendant, Dorante, le fils d’un de ses amis, en vue de les marier s’ils se plaisent. Un peu prévenue contre les hommes par les expériences conjugales malheureuses de plusieurs de ses amies, Silvia intervertit sa place avec sa bonne, Lisette. Elle se fait passer pour une domestique dans l’idée de pouvoir observer discrètement son promis. Sauf que ce dernier a eu la même idée et a changé de rôle avec son valet Arlequin. Dès lors quiproquos, malentendus et situations burlesques se succèdent.

Cette pièce a très souvent été jouée mais rarement si bien mise en scène. Connaissant l’immense talent de Xavier Lemaire que nous avions admiré lors de ses prestations précédentes en tant qu’acteur et metteur en scène dans L’échange de Paul Claudel au même théâtre Mouffetard, nous ne sommes pas surpris du soin extrême qui a été pris pour chaque détail de cette pièce. Ce metteur en scène sait toujours bien s’entourer.

Le décor est simple, fonctionnel, séduisant et astucieux. Il nous permet de nous projeter très aisément dans le lieu supposé de l’action: le château de monsieur Orgon. Les costumes sont très beaux, en particulier celui qui sert dans un premier temps à Lisette et dans un second temps à Silvia. Le costume de Dorante déguisé en Bourguignon surprend par son aspect espagnol en toréador et prince de conte de fée. Orgon et son fils incarnent de parfaits gentlemen-farmers. Tous les acteurs en font des tonnes: ce qui pourrait sembler dans un premier temps du surjeu est en fait un soin extrême apporté à chaque action. Elles sont toutes poussées à leur aboutissement le plus complet pour faire rire le spectateur: les pirouettes de Mario, le désespoir amoureux extrême singé par les hommes, Lisette fait la cocotte en Silvia et le serviteur en Dorante frôle le tartuffe. Isabelle Andréani, dont nous avions particulièrement admiré tout récemment le talent dans L’échange de Paul Claudel au théâtre Mouffetard, donne ici la meilleure des prestations en une Silvia – Lisette tourmentée, raffinée, pleine de mordant et délicieusement féminine. Gaëlle Billaut-Danno (qui était également de L’échange) incarne le personnage le plus drôle de la pièce, elle nous réjouit par ses grimaces, ses pâmoisons et ses facéties. Lionel Pascal a le physique idéal du jeune premier, il est tout en nuances dans ce rôle de l’amoureux passionné et il y remporte tous nos suffrages. Franck Jouglas joue un frère particulièrement agaçant, titillant sa sœur comme une guêpe, il excelle plus encore dans la scène où il se pose en rival de Bourguignon. Bernard Carpentier donne le sentiment d’avoir été toute sa vie un propriétaire terrien, il est aussi un père touchant et moderne. Christian Dubouis en tient une couche en Arlequin, il pratique remarquablement bien l’auto-dérision, il fait montre d’une sensualité à fleur de peau sans jamais tomber dans la vulgarité.

Une réussite complète qui explique la reprise de cette pièce déjà jouée avec la même distribution au théâtre Mouffetard en 2008- 2009, un régal pour les yeux comme pour les oreilles. Le texte est déjà très plaisant, il est encore élevé par cette représentation pleine de fantaisie.

 

 

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