Théâtre
« Le grand débat » : la rhétorique politique poétique d’Emilie Rousset et Louise Hémon

« Le grand débat » : la rhétorique politique poétique d’Emilie Rousset et Louise Hémon

08 janvier 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Quoi de plus jubilatoire que d’être en salle de spectacle à l’heure pile où Jean Castex parle de nous garder enfermés jusqu’à la fin des temps ? Les répétions sont autorisées, qu’à cela ne tienne, les lieux s’ouvrent aux professionnels. Au T2G, nous étions invités au filage de la pièce Le grand débat, un spectacle justement, ultra politique, donc, ultra essentiel. 

Face à face 

Le travail d’Emilie Rousset et Louise Hémon part toujours de la réalité, comme pour un documentaire. L’année dernière leur version performée, déambulatoire du Procès de Bobigny était d’une exigence sans nom. En 2018, le Festival d’Automne avait programmé Le grand débat et il était de nouveau à voir en 2021 au Théâtre de Gennevilliers. Les représentations sont bien sûr annulées, car vous le savez, la culture est non essentielle (contrairement aux assurances, magasins de téléphone ou autres parfumeries, le rappeler est essentiel je crois). Le duo a décidé en accord avec le théâtre d’ouvrir, dans le strict respect des gestes barrières et dans le cadre légal, au public professionnel, leur répétition générale. Face public quoi.

Face à face pour de vrai

Mais pas tout à fait ! Les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle, campés par les immenses Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux sont assis l’un en face de l’autre dans une ultra distanciation sociale de trois mètres. Le rideau est vert de gris et les caméra très 70’s. C’est sûr, nous sommes face au duel Mitterand/ Giscard. Sûr ? Nous comprenons vite l’idée assez dingue de ce spectacle : LE grand débat. Un seul. Mais qui rassemble tous les grands débats, cette grande messe rituelle qui sert à tout sauf évidemment à clarifier les programmes des candidats.

Pour la beauté du geste

Eux deux sont ceux rares qui ont atteint l’iconique second tour. Celui qui permet d’accéder à la plus haute fonction française. Alors il et elle sont Mitterand, Giscard, Sarkozy, Le Pen père (hors plateau), Le Pen fille, Hollande, Royal, et Macron. Du premier au dernier, 1974 à 2017, les metteuses en scène ont regardé, découpé pour faire un seul corpus. C’est bluffant de voir mis en théâtre ce moment fou de rhétorique, ce rituel comme un combat. On attend les phrases célèbres et elle ne manquent pas, du « Monopole du cœur » à « Moi président », les deux comédiens  les avalent et les font leur, sans mime mais avec quelques éléments de postures qui les rendent immédiatement reconnaissables.

Vous nous croirez ou pas, mais Rousset et Hémon rendent tout cela beau et poétique, et font de ce grand show télé un moment de théâtre absolu, suspendu où « La France » est un personnage comme un autre à habiller et à diriger… avec talent !

Visuel : ©Philippe Lebruman

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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