Théâtre

Le Fils à la Madeleine : Lassalle plombe Jon Fosse

Le Fils à la Madeleine : Lassalle plombe Jon Fosse

28 avril 2012 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre de la Madeleine, Jacques Lassalle signe une mise en scène ni inspirée ni inspirante d’une pièce de Jon Fosse. Créé en 1997 et donc antérieur à Rêve d’automne et Je suis le vent dont on a acclamé la saison dernière les magistrales productions de Patrice Chéreau, Le Fils n’a encore jamais été joué en France. Pour l’occasion, un casting de comédiens prestigieux mais décevant, parmi lesquels Michel Aumont et Catherine Hiegel, est réunit. L’heure et demi de spectacle pourrait sembler brève, elle est pourtant bien longue et laisse froid. En cause, un travail fade et monocorde qui engendre l’ennui.

Assis sur le vieux sofa, à la lumière d’un abat-jour jauni, un couple d’âge mûr. Fané et silencieux. L’homme lit le journal, la femme raccommode une chemise pour tuer le temps qui passe et la solitude. Ils sont seuls ou presque, leur unique voisin, alcoolique, dont la femme est morte, demeure à quelque pas de chez eux. Lui se lève de temps en temps pour regarder à la fenêtre. Il fait sombre, d’autant plus que la route n’est pas éclairée. La campagne désertée ne se montre pas car c’est l’automne en Norvège. La nuit se confond avec le jour. Voilà pour le décor, planté de manière élémentaire et bien terne. Au fond, un paysage de fjord peint. Un lac traverse la toile foncée, les hautes et noires montagnes rejoignent le ciel, sombre lui aussi. C’est comme le Vésuve fumant dans Cosi fan tutte, c’est littéralement illustratif, attendu, donc inutile.

Sans le nommer, ils parlent de leur fils, parti pour faire de la musique, sans donner de nouvelles depuis six mois. A-t-il fait de la prison comme la rumeur le répand ? Lorsqu’il revient, un bonjour circonstancié et une poignée de main remplacent les tendres accolades attendues. Il semble être venu rétablir une vérité, mais repart comme il est arrivé, sans donner plus d’explications après avoir commis un acte accidentel et irréparable. En peu de mots et sans effet, Jon Fosse donne à voir le sentiment paradoxal de se sentir étranger à sa propre famille.

On devrait sentir la tension suffocante de l’attente, une once de suspens provoqué par l’énigme quasi policière, la tristesse d’une impossible résolution des problèmes et de la résignation. Rien de cela ne se concrétise sur le plateau. Les acteurs disent les mots, les chantent presque avec manière, et ne parviennent pas à restituer le style de la langue elliptique mais tendue, dense. Il y a trop de silences. Les interminables temps pris complaisamment entre chaque phrase, les sorts faits aux mots plombent l’ensemble plutôt que l’intensifient.

La mise en scène est inexistante et la direction d’acteurs bien molle. Catherine Hiegel et Michel Aumont jouent tout en retenue si bien que le ton fait parfois téléfilm. Elle est subtilement tendre et fragile, lui gentiment pataud. Ils n’ont plus du tout l’âge des rôles. Stanislas Roquette, jeune acteur, ne vient pas rendre visite à ses grands parents à ce qu’on a compris de l’histoire. Alors, leurs échanges ne paraissent pas crédibles. Admiré dans les récents travaux de Denis Guénoun, il confirme ici sa belle présence (ce n’est pas peu dans une partition assez mince) et campe avec justesse le caractère imprévisible, fuyant et taciturne du jeune garçon. En revanche, sa brutalité devrait être encore plus nette face à Jean-Marc Stéhlé dont l’intervention sur jouée est bien curieuse.

Lassalle a habitué à des analyses plus profondes de l’âme humaine. Ce dernier spectacle se présente comme inaccompli, strident, déprimant, sans sensibilité.

© Dunnara Meas

Les Fourberies de Scapin au théâtre de la porte Saint-Martin
Michel Fau, vraie Diva
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *