Théâtre

Le dîner explosif d’Eric Reinhardt au Off d’Avignon

Le dîner explosif d’Eric Reinhardt au Off d’Avignon

13 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En sortant du génial Dîner, d’après Cendrillon d’Eric Reinhardt, à la Caserne des Pompiers, on ne peut pas s’empêcher de fredonner « J’veux pas y aller à ce dîner, j’ai pas le moral je suis fatigué… » de Benabar… Patrice Thibaud et Jean-Michel Guérin (collectif d’acteurs O’Brother Company) mettent en scène un carnage pour la plus grande joie du théâtre.

[rating=5]

Cette scène de dîner se trouve dans Cendrillon d’Eric Reinhardt, elle est ici totalement extraite du contexte général de la fiction pour devenir une pièce de théâtre autonome. Alors, de quoi est-il question ? Un dîner cela apparaît inoffensif au premier abord. Mais dans des genres différents, Le dîner de cons et Festen nous ont déjà prouvé que se mettre à table n’était pas toujours une partie de plaisir.

Mr Trockel décide d’inviter son patron et sa femme à dîner. Les enjeux sont énormes, il veut l’impressionner, pourquoi pas obtenir une promotion. Le délire arrive vite, il a menti à sa femme, acheté une voiture hors de prix. Pour impressionner le boss, il faut tout planifier, tout organiser. Ce sera un menu « Quatre toques et Quatre écus ». Le rendez-vous est pris et les plats décidés : huîtres chaudes agrémentées de crevettes grises, et d’une fondue de poireaux émincés. En plat principal, une selle d’agneau farcie en croûte, un plateau de fromage, un dessert glacé et du vin, beaucoup de vin, du Chateauneuf, du Bordeaux…

Sur scène, une table d’aire de picnic est posée. Gisèle Torterolo et Fabien Joubert campent à la fois les couples Trockel et Francoeur dans un jeu d’acteur jubilatoire. Ils sont absolument parfaits dans le rôle des ces petits bourgeois de province, en l’occurrence de banlieue qui veulent en être.

Ce dîner va mal se passer, bien plus mal que ce que vous pensez, dans un crescendo vers le pire qui nous oblige à rire aux éclats tellement c’est pathétique. Autour de cette table où les apparences tombent, c’est toute la société mondaine qui est assassinée par la plume acérée du romancier.   Balzac n’est pas loin dans cette divine comédie.

Les détails font la force de ce spectacle foutraque et extrêmement bien joué. Le rythme qui se colle à la folie et aux dérèglements des personnages font du Dîner une satire sociale des plus acides et des plus réussies. A voir absolument.

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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