Théâtre
Le conflit israélo-palestinien sur les planches

Le conflit israélo-palestinien sur les planches

15 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On aurait tort de croire qu’un sujet d’actualité trouve nécessairement une résonance par une traduction théâtrale. A la rédaction, nous avons eu quelques difficultés à rendre compte de spectacles significatifs ayant pour fil conducteurs le conflit israélo palestinien. Retour sur trois évènements théâtraux.

En 2009, nous découvrons MurMure. Nous nous y rendons septique. Ce spectacle a pour sujet la vie d’un prisonnier palestinien. A l’origine de ce spectacle il y a une journaliste israélienne, Amira Hass, qui en 2004 entre en contact avec un prisonnier palestinien Mahmoud Al Safadi, grâce à un téléphone introduit en prison. La fille de déporté, communiste, vivant à Ramallah, et lui, lisant Raoul Hilberg, se parleront tous les jours pendant cinq mois. Les auteurs et metteurs en scène Ariel Cypel et Gaël Chaillat en ont fait une comédie burlesque sur le conflit israélo-palestinien où vous croiserez sur le grand plateau de Confluences jusqu’au 13 décembre un Mickey négationniste, Ariel Sharon en clown et Freud en conseiller téléphonique. On vous a dit…burlesque ! Le spectacle s’est donné à Confluences et à reçu un joli succès et a montré que l’on pouvait sereinement traiter les sujets les plus sensible.

Mumure

Il faut attendre 2011 pour assister à deux spectacles en lien avec cette question. Ariane Mnouchkine et le Théâtre du soleil ont invité les acteurs du théâtre Majâz à se produire pour trente représentations dans une salle de répétition de la Cartoucherie. Leur spectacle « Croisades » avait  parcouru déjà de nombreux lieux depuis sa création en 2009 et a été donné dans plusieurs villes en Israël. La jeune équipe artistique est formée d’acteurs d’horizons différents, des palestiniens, israéliens, franco-libanais, franco-algériens, franco-israéliens. Ils jouent d’ailleurs dans trois langues dont le français. Ils se sont rencontrés à l’Ecole internationale de Jacques Lecoq et partagent la conviction de faire du plateau de théâtre un espace de dialogue, de partage, d’interrogations politiques et humaines. La pièce de Michel Azama date de la fin des années 80, elle décrit un territoire et une population séparés en temps de guerre. Elle veut tendre à l’universalité tout en faisant comprendre qu’il s’agit bien du conflit israélo-palestinien. Embarqués dans la guerre, des femmes et des hommes y sont à la fois les victimes et les bourreaux, ont-ils le choix ? Ils sont dans l’impossibilité de fraterniser, d’aimer, ne trouvent pas de place pour les sentiments immédiatement contrariés par la violence et la haine. Ils tuent ou sont tués, parfois sans motivation ni but, comme un réflexe défensif ou comme une attaque provocante de l’ennemi. Cette mise à mal de l’altérité est le sujet principal de Croisades.

Croisades

Trés récemment, lors du festival Impatience du Théâtre de l’Odéon c’est Jérusalem Plomb Durci de Ruth Rosenthal qui a remporté le prix du jury avec un spectacle sur les joies et les douleurs de Jérusalem. Le spectacle traite entre autres de la guerre avec la Palestine.Nous voyons une ville, pierre d’achoppement de toutes les négociations être ici en tension permanente entre les attaques lancées et reçues. Nous entendons de façon ironique s’égrainer les noms très poétiques des opérations militaires menées contre les palestiniens. « Les raisins de la colère « ,  » plomb durci »…Ruth Rosenthal dénonce autant qu’elle défend. Le drapeau omniprésent, à la fois, pour elle symbole d’oppression lorsqu’elle voit le Mur de séparation, et emblème d’espoir écorché  quand elle entonne l’hymne national, la Hatikhva. Le spectacle offre une distance avec l’actualité en revenant sur l’histoire du pays par le biais des résolutions onusiennes numérotées et datées. Le spectacle a été créé en 2008, année de commémoration de la réunification de Jérusalem. Du haut de ses 34 ans, la jeune femme raconte l’existence d’une génération qui ne connait la vie qu’à travers la guerre.

Jérusalem Plomb Durçi

Des trois exemples donnés, Jérusalem Plomb Durçi semble être le principal témoin d’un changement. Ni engagé, ni mémorial, ce spectacle tente de mettre en scène une réalité constructrice d’un peuple et donne alors des éléments de compréhension utile au sortir de la salle de spectacle. Le conflit israélo -palestinien ne passionne pas les metteurs en scène. Même quand le sujet est présent il est en fait question de quête identitaire, et cette question là, bien au contraire est l’essence même du théâtre contemporain. Cela est une autre histoire.

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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