Théâtre
Le Chaperon rouge de la rue Pigalle de Florence Hebbelynck

Le Chaperon rouge de la rue Pigalle de Florence Hebbelynck

02 septembre 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Dans une pièce au texte tendre, Florence Hebbelynck redonne un corps et une voix à Cathy, une prostituée de la rue Pigalle. La pièce est un moment de grâce paradoxale.

 

En 2002, Florence Hebbelynck vit et travaille à Paris comme comédienne. Dans sa rue, à Pigalle, elle croise souvent Cathy, une prostituée de 67 ans, qui haut de son mètre cinquante trois, brave tous les temps, vêtue d’un manteau rouge. C’est la raison pour laquelle son fils, à 3 ans, l’a surnommé « Le Petit Chaperon rouge ». Un jour, Cathy monte prendre un thé avec Florence et consent à un enregistrement de la chronique de sa vie. Cathy se raconte : elle tomba dans la prostitution comme le résultat attendu d’une enfance misérable. Et elle arpentera, soixante ans durant, le trottoir de la rue Pigalle. En se racontant, Cathy se crée. Par sa parole elle devient une personne et non plus une chose à louer. Elle explique comment elle a su devenir parfois l’actrice de sa vie, comment elle a su enjamber parfois l’équation dominant-dominée. Elle parle, désormais par le truchement de la comédienne, et elle est brûlante du désir de se raconter. Un jour, elle disparaît. Sa fin sera monstrueuse.

Car il est question d’un monstre comme on les aime dans les romans de Victor Hugo. Une misérable reclue, exclue au destin épouvantable. Mais Florence Hebbelynck a su avec tendresse, sans juger et sans bousculer, observer et nous rendre compte de l’humanité d’une Cathy à la fois digne, attachante et drôle. La pièce jaillit ainsi, presque de surcroît, au travers des mots de Cathy repris sur un magnétophone, de souvenirs et de savants allers-retours entre l’image fictionnelle de la prostituée et son incarnation par l’actrice au talent confirmé.

Et l’on quitte la salle après des applaudissements nourris, avec en esprit Cathy notre sœur en humanité et avec elle l’image de quelques clients morts aussi ou désormais orphelins de ses caresses.

 

 

Le Chaperon rouge de la rue Pigalle

de Florence Hebbelynck, mise en scène Stéphane Arcas, avec Florence Hebbelynck et Nicolas Luçon

Manufacture des Abbesses

 

Crédit Photo Estelle Rullier

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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