Théâtre

« Le cas Eduard Einstein », le nom du père sans partage

« Le cas Eduard Einstein », le nom du père sans partage

11 mars 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Le roman Le cas Eduard Einstein de Laurent Seksik fut un joli succès d’édition. Stéphanie Fagadau, directrice de la Comédie et du Studio des Champs-Elysées, met en scène en son lieu une adaptation théâtrale délibérément littérale servie par un énigmatique Michel Jonasz, qui incarne Albert Einstein, et un admirable Hugo Becker dans le rôle du fils, Eduard. 

Adaptée du best-seller de Laurent Seksik, la pièce Le cas Eduard Einstein raconte trois chroniques, celle d’Albert, génie de l’abstraction fuyant l’Europe des persécutions antisémites pour s’installer aux États-Unis et y militer pour les droits civiques, celle d’Albert le père abandonnant un fils schizophrène dans une institution suisse et enfin le destin de ce fils Eduard. 

L’histoire est  véritable. Ce drame familial nous touche parce qu’il nous interroge sur ce que nous aurions fait devant un enfant psychotique et parce qu’il témoigne – à notre époque des résurgences –  de l’état de l’Europe désertée à la veille de la solution finale par les génies Freud, Zweig, Schnitzler, Mahler ou Einstein, de l’état des États-Unis, démocratie chahutée par le maccarthysme et de l’état de la psychiatrie en ce début de 20e siècle. La scène du départ du père est poignante de lâcheté et de renoncement. Elle semble visitée par l’hérédité douloureuse qui joue un rôle prépondérant dans la schizophrénie, par le difficile partage entre le génie et le psychotique du patronyme Einstein.

La scénographie sobre accompagnée par un merveilleux Michel Jonasz à la retenue triste construit l’air irrespirable de cette époque terrible. Hugo Becker interprète le jeune Eduard qui vivra 22 ans dans l’institution psychiatrique. Il y apprendra la mort de sa mère puis de son père. Le comédien a aiguisé son jeu pour construire admirablement ce patient d’une psychiatrie qui n’a pas encore inventé les neuroleptiques , ce sujet abandonné par son père, ce cas Eduard.  Il nous bouleverse.

Lors de sa sortie en librairies, le roman venait barré avec une photo de Albert et Eduard, en costumes, dans la salle d’attente de la clinique psychiatrique. Cette photo sert d’affiche à la pièce. Elle fige le sang. Elle est le support à l’énigme du lien entre le génie  et son fils. Tandis que le jeune Eduard hurle à revendiquer la filiation – il se dit le E de E:mc2 -, le père évite la paternité.  Nous traversons tout au long de la pièce un rébus avec en particulier la  talentueuse Josiane Stoléru, la mère d’Eduard. Au final l’infirmier – très juste Pierre Bénézit – propose une réponse, celle de la double déception de  l’amour filial et de l’amour paternel. 

 

LE CAS EDUARD EINSTEIN
DE LAURENT SEKSIK
MISE EN SCÈNE STÉPHANIE FAGADAU

AVEC

Michel JONASZ
Hugo BECKER
Josiane STOLERU
Pierre BENEZIT
Amélie MANET
Jean-Baptiste MARCENAC

A LA COMEDIE ET STUDIO DES CHAMPS ELYSEES

lien de réservation
A partir du 2 février 2019

 

Crédits: Photos Comédie des Champs Elysées et affiche.

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La playlist sous la pluie (quoique)
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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