Théâtre
Le bœuf sur le toit et Combustions sensorielles

Le bœuf sur le toit et Combustions sensorielles

16 novembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

Chez l’historique Maxim’s, rue Royale, tous les lundis soirs, une joyeuse troupe fait son numéro de cabaret, restaurant sous nos yeux un spectacle comme on les concevait il y a cinquante ans, délicieusement kitsch et réjouissant. En aparté, une fois par mois, Gérard Chambre, le metteur en scène, propose au petit espace Pierre Cardin tout près de là des textes érotiques issus de la littérature qu’il met en espace, en lecture et en musique avec deux complices, Michèle Larue et Mika Apamian, de quoi vous donner des frissons de plaisir.


Disons le tout de suite, le charme de ces spectacles tient beaucoup au charisme de leur principal initiateur : le grand Gérard Chambre lui-même dont la seule apparition met les dames en émoi. Il faut dire qu’il ya de quoi : auteur, metteur en scène, acteur, musicien et même poète à ses moments, Gérard Chambre a tout pour séduire tous les publics. Ses créations sensuelles, divertissantes et raffinées témoignent de sa maîtrise et de sa passion pour l’art, il a fait un très beau parcours tant au cinéma qu’au théâtre et est presque une sorte de mythe à lui tout seul. Ses spectacles sont joués dans les lieux les plus atypiques : nous citerons pour exemple ses représentations dans le très beau décor du musée de la chasse et de la nature (où il est encore temps de vous rendre en dîner-spectacle le 13 décembre 2011).

Quand aux spectacles eux-mêmes, Le Bœuf sur le toit nous sert en apéritif et hors d’œuvre, N’écoutez pas messieurs de Sacha Guitry : une charmante fantaisie dans laquelle l’espace scénique et la salle sont en étroite communion, les acteurs sont ainsi des personnes de tous les jours qui jouent à la vraie vie dans un avant-goût de théâtre de boulevard : burlesque, coups de théâtre, drame de la passion et de la jalousie se jouent devant nous puis tournent court brusquement pour laisser place à une autre pièce. Mais s’agit-il vraiment d’autre chose ou d’une fusion entre deux créations hybrides ? A vous de juger, l’essentiel, c’est que cela fait beaucoup rire et sourire. Ce pêle-mêle de théâtre, cabaret, spectacle de variétés  et chansons nous jette dans un tourbillon comique où tout se mélange et s’arrange. Cet écheveau, tiré par les cheveux, est tout à fait dans le genre de Sacha Guitry, avec un petit quelque chose de surréaliste à la Cocteau. En effet, en plat principal, Gérard Chambre et sa dynamique équipe nous révèlent tous leurs talents vocaux dans Le bœuf sur le toit, un cabaret que Jean Cocteau avait inventé pour que les artistes puissent s’y réunir. C’est en chansons que nous le redécouvrons avec tous les tubes de l’époque : Mon légionnaire ; Qui sait, qui sait, qui sait ?, Monsieur William, Lola…et bien d’autres surprises interprétées avec verve et mises en scène avec maints déguisements et danses pittoresques, qui sont à mourir de rire. Ce moment délicieusement kitsch nous replonge avec joie dans l’ambiance du siècle passé, nul lieu ne pouvait si bien s’y prêter que Maxim’s, un ensemble atypique qui signe pour sa seconde saison le grand retour du cabaret et du folklore Parisien, un succès très mérité pour l’inspiré Gérard Chambre.

Quand à Combustions sensorielles, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va faire monter votre température artérielle, prévoir un éventail pour retrouver un souffle d’air. La seule apparition de Gérard Chambre menace de mettre quelques dames en pâmoison, la sensualité qui se dégage tant des textes lus que de son interprétation et de celles de ses deux très talentueux partenaires nous subjugue. Nous sommes suspendus aux lèvres des acteurs. Cette performance présentée comme une lecture va bien au-delà : jeux de scènes, raffinement des costumes, musique diégétique, nous voici transportés dans les jeux de l’amour et de la séduction. Un spectacle léger, drôle et intelligent dont les prochaines dates ne sont pas encore fixées mais autant dire qu’elles sont attendues avec impatience.

A voir à deux surtout car seul, vous risquez de vous sentir frustré.

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Sandrine et Igor Weislinger

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