Théâtre
« Le Banquet d’Auteuil », nuit d’ivresse chez Molière

« Le Banquet d’Auteuil », nuit d’ivresse chez Molière

14 mars 2015 | PAR Enora Le Goff

Le Théâtre 14 présente jusqu’au 25 avril la pièce de Jean-Marie Besset, Le Banquet d’Auteuil, qui nous plonge dans la petite histoire de Molière et de ses amours masculines.  [rating=4]

Unité de lieu, de temps, d’action, tout est présent pour une pièce classique. Molière, abandonné de sa femme organise avec son ami Chapelle un banquet, entouré de son jeune protégé Michel Baron, et d’une troupe d’amis, tous là pour profiter de la vie, de la beauté et de la chair des jeunes gens présents.

Le Banquet d’Auteuil est une pièce écrite en 2011 à partir de personnages et d’histoires du XVIIe siècle. Tout en plaçant l’action dans un cadre historique, cette dernière aborde des thèmes intemporels, la rivalité des hommes face à l’amour, la beauté, l’union des personnes par l’art…

La pièce donne à voir l’opposition de l’amour unique et fort de Molière pour le jeune Baron, et le libertinage d’époque de ses amis (Chapelle, Lully, Dassoucy, Bergerac)… Car oui Bergerac apparaît, mort depuis déjà 15 ans, il règne comme un spectre sur les convives, et se retrouve même arbitre divin d’un jouissif combat (semblable au jugement de Pâris), entre un danseur, un escrimeur et un acteur. Ce libertinage des mœurs excède pourtant Molière qui choisit de quitter le banquet, s’en suit alors une nuit d’ivresse, qui donne à voir les corps mais aussi l’esprit des personnages. L’intérêt de la pièce réside dans son articulation parfaite de la petite et de la grande histoire, peu nous importe finalement la véracité des quelques actions présentées, c’est leur résonance qui est plaisante. Les dialogues extrêmement vivaces virevoltent entre les références historiques, un humour souvent à double sens, ou parfois de la pure farce théâtrale.

L’organisation plutôt classique du Banquet d’Auteuil ne dessert en rien la justesse et la drôlerie du propos, elle est permet de plus un bon encrage historique, et donne à voir pour un soir un portrait délicieusement croquant du libertinage. La pièce est donc révélatrice de la face cachée de Molière, celle du libertinage philosophique et amoureux, mais aussi représentative d’une manière de pensée, de voir le monde sous un jour épicurien, où la plus grande vertu restera toujours l’appréciation de la beauté et de l’art.

Visuels (c) : Marc Ginot

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Enora Le Goff

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