Théâtre

L’apogée Castellucci, un « Sacre du printemps » parfait, au-delà de l’humain au Festival d’Automne

L’apogée Castellucci, un « Sacre du printemps » parfait, au-delà de l’humain au Festival d’Automne

09 décembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Qu’est -ce que Le Sacre du printemps ? En 1913 Vaslav Nijinski fait scandale par la radicalité de cette oeuvre présentée seulement cinq fois à Paris et trois à Londres. Pas de vidéo, pas de partition chorégraphique. Et pourtant, il existe plus de deux cents versions chorégraphiques du Sacre. Alors, quoi faire de nouveau, comment penser et interroger ce monument vu à la fois comme la genèse de la danse contemporaine et l’allégorie du renouvellement des âmes ? Roméo Castellucci, incroyable cerveau génial offre en clôture du portrait que lui consacre le Festival d’Automne un chef d’oeuvre radical.

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Castellucci, c’est l’homme qui affronte le visage du fils de Dieu, l’homme qui transforme Moïse en fils d’une femme actuelle , l’homme qui fait surgir Marie d’un trou noir, l’homme aussi qui plonge dans les enfers. L’italien a révolutionné la perception du théâtre en France, grandement grâce au travail conjoint de Bernard Faivre d’Arcier puis de Hortense Archamabault et Vincent Baudriller qui tous ont amené son travail extrêmement plastique dans un Festival d’Avignon encore très centré sur le texte.

Que pouvait être Le Sacre pour lui. C’est surtout l’aspect sacrificiel qu’il a gardé de cette histoire qui nous raconte une prédiction, celle d’un sacrifice obligatoire pour que le cycle des saisons se fasse. L’occasion de voir les éléments se déchaîner. Le premier tableau, « L’Adoration de la terre » est lumineux, il s’oppose au deuxième, sombre : « Le sacrifice ». C’est une oeuvre d’exégèse contemporaine que Castellucci a fait ici, suivant exactement cette trame dramatique. Que dire sans tout dévoiler ? Peut-être que l’idée de se séparer de l’humanité atteint ici son paroxysme dans un ballet qui pourrait devenir la bande annonce d’une réédition de Métropolis ou celle du prochain Star Wars.

Castellucci n’en finit pas de rappeler les hommes à l’ordre, les ramenant à leur état d’abord de mammifère étouffé et subjugué par la machine. Il y a bien sur la musique que tout amateur de danse connait de la première à la trente-troisième minute. Ici, elle devient, bien qu’amenée brut, absolument futuriste. Si hommes il y a, ils arriveront dans ce charnier aseptisé en tenue de quasi-cosmonaute.

Ballet de machines époustouflant qui s’empare de nous par la beauté du geste avant de nous plonger dans notre état de « Frères humains et futurs cadavres » comme l’écrit Albert Cohen dans Les Valeureux. Ballet de machines vomissant ce que l’on croit pendant ces célèbres trente-trois minutes être de la terre avant d’apprendre que ce sont en fait des os, de la cendre d’os, issue de  75 bovins et que ces restes de mammifères fertilisent la terre stérile. Ce ballet qui semble être mort est en fait le terreau de l’après. Castellucci frappe fort dans un geste dément, osé comme jamais. Personne n’en sortira indemne.

Visuel : Wonge Bergmann

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