Théâtre

Labiche monté comme un cauchemar

31 mars 2010 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre de la Cité Universitaire accueille une joyeuse troupe de jeunes comédiens, tous anciens élèves du TNS pour une nouvelle version de « L’affaire de la rue de Lourcine ». Ils sont mis en scène par Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma. Labiche n’apparaît pas comme une évidence pour ce tandem dont l’univers artistique est dit plus « sérieux. »

On ne peut qu’apprécier la volonté du duo Jeanneteau / Soma d’entreprendre un dépoussiérage des codes du vaudeville et réinventer une nouvelle forme de jeu. Force est de constater qu’ils font fausse route et que le résultat n’est pas à la hauteur de l’intention. « L’affaire de la rue de Lourcine » est une petite pépite en un acte (le spectacle dure une heure), délicieusement drôle et burlesque. Elle raconte l’histoire de deux hommes, Lenglumé et Mistingue qui, après une nuit de bringue bien arrosée, se retrouvent dans le même lit au petit matin. Complètement gris, ils ne se souviennent de rien mais lorsque le journal du jour publie l’annonce de l’assassinat d’une charbonnière, l’amnésie fait place aux doutes. Et s’ils étaient des meurtriers ? La mise en scène inscrit la pièce comme dans un mauvais rêve où tout concourt à une inquiétante étrangeté : de l’apparition fantomatique des acteurs dans la pénombre en vêtements de nuit au final parodique de film d’horreur.

L’irréel nocturne justifiera donc les idées les plus absconses comme le choix de dédoubler les personnages : un rôle est imparti à plusieurs comédiens qui jouent ensemble sur le plateau ou successivement, c’est selon. Ce n’est qu’un prétexte pour faire jouer les 11 acteurs mais ce choix d’un point de vue dramaturgique ne s’avère pas convaincant. Les jeunes acteurs, généreux mais plutôt inégaux, mouillent la chemise dans une gestuelle acrobatique et gagesque. Ils ont l’air de s’amuser à ces enfantillages. On a apprécié Laure Gunther et Gilian Petrovski entre autres, on n’a pas du tout accroché avec la prestation d’Antoine Kahan. Leur folie délirante fonctionne bien dans la scène du repas qui finit sur la tête des deux acolytes, celle de la toilette, ou encore le moment où ils cachent les preuves… Mais le problème vient de l’abus répétitif du détournement d’objets, des chorégraphies lourdingues, de la manière de souligner chaque effet au moyen d’une bande son amplifiante comme dans les dessins animés. La mise en place d’un jeu fantasmagorique à travers la représentation physique des femmes déformées par des postiches de grosses fesses ou des hommes ambigus sur des chaussures à talons est souvent vulgaire. Cette façon de créer du comique facile par l’outrance et le graveleux fatigue et ennuie. La pièce mérite mieux comme traitement que la dérision moqueuse et complaisante. Finalement, c’est un comble mais on rit peu !

L’affaire de la rue de Lourcine, jusqu’au 24 avril. Théâtre de la Cité Universitaire, 17 Boulevard Jourdan (14 arr.). RER B ou Tramway. 01 43 13 50 50. www.theatredelacite.com/

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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