Théâtre
La Trilogie de la villégiature : Alain Françon à l’ombre du Maître Strehler

La Trilogie de la villégiature : Alain Françon à l’ombre du Maître Strehler

23 janvier 2012 | PAR Christophe Candoni

Ça y est ! La Trilogie de la villégiature dans la mise en scène d’Alain Françon a vu le jour à la Comédie-Française. C’est plutôt une réussite, davantage grâce aux merveilleux acteurs réunis qu’à la mise en scène, certes de belle facture et d’un classicisme luxuriant mais un tantinet suranné.

Ce qui rendait le climat excitant et la soirée si particulière, c’était d’abord le plaisir de pénétrer dans le théâtre éphémère et l’émerveillement de découvrir ce nouveau lieu : une superbe salle en bois, montée en seulement quelques mois dans les jardins du Palais-Royal pour accueillir la belle troupe de la Comédie-Française et le public pendant un an de travaux. Non loin des dorures de Richelieu, le nouvel espace se caractérise par sa sobriété décorative et son agencement plus démocratique que la salle à l’italienne. En effet, il comporte plus de 700 places en pente douce, toutes de bonne visibilité.

Quoi de plus symbolique que de programmer La Trilogie de la villégiature de Goldoni pendant le déménagement. Il est justement question dans la pièce de départ, d’élan, de nouveauté, de jeunesse. Même en temps de crise, impossible pour la bourgeoisie déclassée de Livourne de ne pas se rendre en villégiature , de renoncer à « tenir table ouverte » ou de s’offrir la dernière robe à la mode. Parader, danser, jouer sont les plaisirs hors de prix mais inratables qu’offrent la campagne.

Les comédiens français n’avaient pas joué la Trilogie depuis l’éblouissante mise en scène de Giorgio Strehler donnée à l’Odéon en 1978, une référence dont Alain Françon ne parvient pas totalement à s’affranchir plus de trente années après. C’est le problème de cette nouvelle production qui se voit évidemment comme un hommage mais aussi comme une copie de la légende qui lui a précédée. Déjà quand il monte Tchekhov, Françon est hanté par le fantôme de Stanislavski et maintenant qu’il s’attaque pour la première fois à Goldoni, il se réfère évidemment à Strehler. De l’illustre production, on retrouve la panière en osier, premier clin d’œil évident à la partance des héros en villégiature mais aussi à l’itinérance des comédiens italiens sur les routes, les lumières et les couleurs pastelles, des éléments de costumes (notamment les tricornes) et de décors, celui de la deuxième pièce est quasiment identique. On finit par se demander pourquoi Françon ne livre pas une version plus personnelle et originale de la pièce et quand le spécialiste de Bond proposera à nouveaux une esthétique qui lui appartient à lui  ?

Sinon son travail est élégant, trouve le ton et le rythme parfaits dans les deux premières parties qui oscillent entre un allegro vivace détonnant et un piu lento mélancolique bienvenu. Pour l’instant, la troisième pièce s’étire un peu. La représentation est plaisante, brillante même grâce à ses interprètes. Anne Kessler est génialement drôle, elle fait de Vittoria une vraie furie, piaffante et colérique. Georgia Scalliet est une actrice fine et singulière, d’une grande justesse dans les moments dramatiques. Danièle Lebrun est une aristocratique Sabina qui derrière une certaine affabilité se montre aussi bien charmeuse comme une enfant que cassante comme une diablesse. Elle est une femme blessée mais forte qui tient la dragée haute à Michel Vuillermoz dans le rôle du pique-assiette. Laurent Stocker est impeccable, Hervé Pierre, une pâte d’homme, Guillaume Gallienne, touchant en amoureux contrarié. Il est un peu risible d’avoir distribué Elsa Lepoivre et Eric Ruf dans les rôles de Brigida et Paolo, ; ces acteurs confirmés ont passé l’un et l’autre l’âge de jouer les puceaux mais la finesse et la sensibilité qu’ils apportent à la scène font frémir comme il se doit. Grâce à la nouvelle traduction de Myriam Tanant, énergique, drôle, stimulante et autant de talents sur le plateau, Goldoni est bien servi et ne manquera pas de plaire.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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