Théâtre
La Terre entre les mondes : entre déracinement et liberté

La Terre entre les mondes : entre déracinement et liberté

15 novembre 2022 | PAR Rachel Rudloff

La nouvelle pièce de Jean Boillot, créée au théâtre Jean Vilar (Vitry-sur-Seine), d’après un texte de Métie Navajo, native amérindienne, questionne l’avenir des populations colonisées et de leur environnement. 

Rencontre entre une jeune Maya et une Mennonite au Yucatan

Un texte riche en propositions et en intrigues qui se nouent autour de la jeune protagoniste d’origine maya : sorte d’Antigone moderne, elle est décidée à enterrer sa grand-mère dans la forêt où elle a vécu alors même que ce lieu, « le plus éloigné des États-Unis et le plus proche de Dieu », est en train d’être détruit. Le plateau devient alors un espace d’affrontement symbolique entre ombre et lumière, dans lequel vient se nicher la rencontre de l’altérité. Interprétée par Lya Bonilla, la jeune Maya est confrontée à la froideur de la famille mennonite (immigrés flamands) qui l’emploie et l’exploite, et malgré laquelle elle noue une relation ambiguë avec l’aînée de la famille, qui a le même âge qu’elle. 

Ensemble, elles grandissent dans ce double espace que devient le village mexicain, à la fois de lutte culturelle, mais aussi de changements. Elles essaient de se frayer un chemin entre l’enfance et l’âge adulte, dans un monde en destruction, où elles ne peuvent faire confiance aux adultes et où leur environnement se dégrade à vue d’œil. 

Des personnages en quête d’identité

La déforestation et l’expansion des champs de soja pour maintenir le rythme de consommation imposé par la mondialisation, matérialisé par un arbre nu et presque déjà mort en arrière scène détonne avec l’aspect blanc, quasi clinique du plateau. La protagoniste erre entre deux choses : non seulement la recherche de ses racines et la volonté d’offrir à sa grand-mère maya, espèce de figure fantasmagorique étrange qui rôde, la sépulture qu’elle mérite en accord avec ses croyances, mais aussi son désir de liberté, loin de l’aliénation du travail et de son père désabusé. Alors la forêt évolue avec elle, au rythme des légendes, de la langue maya aussi appelée « langue des oiseaux » : petit à petit, elle reprend ses droits, les murs nus laissant place aux feuillages touffus et verdoyants. 

Ainsi, dans cette sorte de conte moderne, Métie Navajo par son texte et Jean Boillot par sa mise en scène nous offrent une lecture plurielle et complexe de l’identité aujourd’hui : avec des personnages adolescents jamais à leur place, enfermés dans des catégories sociales figées, épris d’un désir de liberté tout en gardant un pied dans leur culture, la pièce nous ouvre de nouveaux horizons, de nouvelles pistes de réflexion et beaucoup d’espoir. 

 

À retrouver en tournée : au CDN Thionville, du 16 au 18 novembre ; au Bords 2 Scènes (Vitry-le- François) le 1er décembre et à l’EMC (St Michel sur Orge) le 8 décembre. 

 

 

Visuels : © dossier de presse

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