Théâtre

La tempête déchaine les Bouffes du Nord

04 juin 2010 | PAR Margot Boutges

Le théâtre des Bouffes du Nord vous donne un rendez-vous incontournable du 26 mai au 19 juin. On y joue «Tempête ! » De Shakespeare adapté et mis en scène par Irina Brook. On assiste à une pièce magnifique et foisonnante portée par une interprétation enthousiasmante.

L’intrigue se déroule sur une île désertique au large de l’Italie. Quelques habitants y ont élu domicile. Il y a 27 ans, Prospero était le meilleur pizzaïolo de Naples. Mais  il s’est fait usurper son titre par le vil Alonso, collègue devenu concurrent. Il vit depuis exilé au milieu de la mer avec sa fille Miranda. Il a troqué ses louches multi étoilées contre une baguette de sorcier qu’il a dégainée pour réduire en esclavage et à l’état de chien féroce Caliban. Ce dernier, fils de la déesse de l’île destituée, rumine sa revanche enchainé à sa niche de fortune. Il a aussi  délivré le sautillant Ariel du joug de l’ancienne maitresse de l’île et en a fait son apprenti. Le jour se lève sur les trente ans de Miranda et la célébration médiocre d’un anniversaire misérable. Mais bien vite, la fête se voit troublée par les voiles d’un bateau morcelant l’horizon. La tempête se lève et rejette sur le rivage Alonso, l’ennemi juré et son fils Ferdinand le premier homme sur lequel Miranda jette les yeux…

Le théâtre des Bouffes du Nord, volontairement laissé à l’état de délabrement, donne un cadre idéal à une pièce ballotée par la tempête et la confrontation des éléments. On aime à voir le vieux Prospero vêtu d’un pauvre marcel vaquer à ses modestes occupations tandis que l’on s’installe et que l’on attend que les lumières s’abaissent.  Les bruit des vagues, des ressacs et des mouettes nous immergent dans l’ambiance de la petite bicoque du bord de mer où le patriarche fait cuire des œufs au plat ou manie les cartes à jouer. On se délecte d’observer les détails du décor, un grand bric à brac fourmillant qui s’illumine parfois, s’éteint tantôt. Une pièce dans laquelle Irina Brook file la métaphore culinaire et dresse une table familiale et dangereuse. Les liens se font et se défont autour d’une table de cuisine chargée d’ustensiles qui abrite aussi la niche de Caliban, lieu de punition et de refuge selon les crises du molosse humanoïde. La dimension culinaire est une liberté prise sur Shakespeare, la touche personnelle d’Irina Brook. Les tomates et poireaux singent les cris des naufragés et une bassine de moules et d’herbes aromatiques va définir le devenir d’un homme.

On saluera l’interprétation magistrale qui conduit la pièce loin, très loin. On admire le jeu très physique des acteurs de la compagnie très cosmopolite d’Irina Brook. Ils sont danseurs, jongleurs, magiciens… ce qu’on ne soupçonne pas spécialement au premier abord et qui impressionne tout au long de la pièce. On adore tous les instants où la musique vient entrecouper le récit. Elle se fait tantôt violence, tantôt cabotinage. Quand la parole laisse la place aux corps (que les comédiens ont très souples) on touche au sortilège. Caliban et Ariel sont des éléments de la nature chez Shakespeare, des corps impalpables que Irina Brook a personnifié. Ils en ont la rudesse ou la légèreté. On retiendra surtout l’interprétation d’Ariel (Scott Koehler) le conteur de l’histoire. Cette figure ambigüe tisse le lien entre Prospero et sa fille et le reste de l’île. Il est le lutin espion qui parfois devient invisible, ensorcelant comme le joueur de flûte de Hamelin. On retiendra aussi surtout une scène de préparation des spaghetti a la Prospero par Ferdinand (Bartlomiej Soroczynski) un moment d’anthologie, d’une rare poésie et d’une maitrise hallucinante dans la chorégraphie. Salué par des applaudissements tonitruants.

Les déplacements dans l’espace flirtent avec la perfection. Normal pour une pièce qui parle de magie. Et de cuisine. On assiste à la fusion de ces deux éléments. Irina Brook dresse une grande table conviviale dont on aime à être le convive. On reviendra !

Informations pratiques :

Tempête ! d’après William Shakespeare, adaptation et Mise en scène d’Irina Brook – Avec Hovnatan Avedikian, Renato Giuliani, Scott Koehler, Bartlomiej Soroczynski et Ysmahane Yaqini. Du mercredi 26 mai au 19 juin au théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle (Paris 10) métro La Chapelle. Tèl : 01 46 07 33 00

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Margot Boutges

2 thoughts on “La tempête déchaine les Bouffes du Nord”

Commentaire(s)

  • bouyssonnade marion

    J’ai été voir ‘Tempête’ hier soir, j’ai trouvé ça excellent, l’esprit de Shakespeare y est très présent, avec habileté et rire franc.
    Caliban était boulversant, Ariel était magique, quand aux autres acteurs, ils ont fait valsé nos sens.
    Une très agréable surprise avec une mise en scène audacieuse qui m’a fait découvrir une pièce si peu connue et à tort.
    Ah… William…

    juin 5, 2010 at 9 h 34 min

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