Théâtre

La rose tatouée avec Cristiana Reali : un Tennessee Williams au sang chaud

23 octobre 2012 | PAR Christophe Candoni

Fidèle au Théâtre de l’Atelier et à Tennessee Williams après l’énorme succès de « Baby Doll », le metteur en scène Benoît Lavigne monte La Rose tatouée, un bon spectacle porté par une Cristiana Reali rayonnante en veuve déprimée qui retrouve l’amour dans les bras de Rasha Bukvic et fait découvrir l’étonnante italianité du plus américain des dramaturges.

La pièce se déroule en Louisiane, mais ses habitants, immigrés siciliens, parlent, jurent, pleurent en italien. Quand survient la mort prématurée de son mari, Serafina mène sa vie cloîtrée chez elle, inconsolable, négligée et irascible. Les rapports avec sa fille sont conflictuels, ceux avec les hommes sont inexistants à l’exception du curé. Sous la seule protection d’une statue de madone, et au côté des cendres de l’homme qu’elle aimait par dessus tout, elle vit dans ses souvenirs, se préservant tant que faire se peut des mauvais commérages du voisinage. Lorsque qu’arrive à l’improviste un camionneur de charme, joli garçon, jovial et séducteur, qui ressemble étrangement à son mari défunt, elle retrouve avec lui goût à la vie et à l’amour.

Le texte date de 1951 et son propos d’un puritanisme forcené sur l’éducation des jeunes filles, la morale, la religion, les traditions et le devoir, parait un peu daté. En revanche, la moiteur, la sensualité, le désir, toujours au coeur du théâtre de Tennessee Williams, prennent toute leur place dans cette intrigue évidemment sentimentale mais délibérément organique, à la fois violente et drôle. Benoît Lavigne monte la pièce comme un film néo-réaliste italien. La mise en scène est enlevée. Elle manque parfois de finesse, les choses y sont un peu trop appuyées, mais elle est efficace et plaisante.

Cristiana Reali est vive, ardente dans le personnage qu’elle joue avec intensité, une féminité épanouie et beaucoup de tempérament face à Rasha Bukvic, comédien improbable dans son rôle mais dont les maladresses et la spontanéité apportent finalement quelque chose de charmant au personnage et au spectacle. Il amuse sans être ridicule. Le couple fonctionne bien. Ils rendent tous les deux leur personnage à la fois franchement sympathique et touchant. Ils sont entourés d’une dizaine de comédiens homogènes parmi lesquels la sexy et énigmatique Grétel Delattre et la douce et émouvante Monique Chaumette qui sont des seconds rôles féminins de luxe.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “La rose tatouée avec Cristiana Reali : un Tennessee Williams au sang chaud”

Commentaire(s)

  • camppelo fr

    bonjour je voudrais savoir si cette pièce sera joué dans toute la france et plus particulièrement au théatre de Nîmes merci d’avance.

    novembre 28, 2012 at 7 h 40 min

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