Théâtre
La Rimb (au Lucernaire) : Vitalie Rimbaud raconte son fils

La Rimb (au Lucernaire) : Vitalie Rimbaud raconte son fils

09 mars 2012 | PAR Amelie Terranera

De Rimbaud, on retient aisément la figure du poète maudit, sa relation tumultueuse avec Verlaine et ses pérégrinations en Éthiopie. La Rimb, le destin secret d’Arthur Rimbaud de Xavier Grall met en lumière une autre facette de la personnalité du poète de Charleville-Mézières : la relation conflictuelle qui le liait avec sa mère, Vitalie Rimbaud. Le Lucernaire, havre de culture du 6ème arrondissement parisien, accueille et ce jusqu’au 21 avril prochain, la mise en scène de Jean-Noël Dahan qui offre à Martine Vandeville l’un de ses plus beaux rôles.


Martine Vandeville alias Vitalie Rimbaud s’attaque avec brio au difficile exercice qu’est le monologue. Dans La Rimb, le destin secret d’Arthur Rimbaud, elle incarne véritablement cette mère rustique, dépassée par le succès poétique de sa progéniture. Tour à tour, elle invective les littérateurs de la capitale : « une société peut vivre sans écrivain » mais non sans paysan, et Verlaine, l’amant terrible d’Arthur. Elle fustige aussi l’héritage littéraire et débauché de ce dernier, son « fils préféré », et choisit de se souvenir de lui en tant qu’explorateur courageux (« le vrai Arthur c’est l’autre »). Elle se révèle définitivement comme le pendant terrien de l’icône littéraire et parisienne.

« Qu’est-ce qu’ils vont écrire ces biographes ! », Vitalie Rimbaud, surnommée La Rimb par son fils

Tandis que la scénographie de Julien Peissel évoque la pauvreté ardennaise et sa « réalité rugueuse », la création sonore de Jean-Marc Istria laisse la part belle aux bruits de pluie et autres sons liquides qui rappelle le chef d’œuvre de Paul… Verlaine, Il pleure dans mon cœur : « Il pleure dans mon cœur/Comme il pleut sur la ville;/Quelle est cette langueur/Qui pénètre mon cœur ?/Ô bruit doux de la pluie/Par terre et sur les toits !/Pour un cœur qui s’ennuie,/Ô le chant de la pluie ! »

Le visage de Marine Vandeville laisse entrevoir les sentiments contradictoires entremêlés du personnage, de la fatigue, à la solitude en passant par l’admiration et les regrets. Voire la jalousie. En effet, comment ne pas ressentir de la jalousie pour l’imagination débordante de ce fils lorsque l’on ne collectionne que l’orgueil et l’autorité ? La comédienne alterne avec justesse les tourments de la vieillesse et les excès de folie. Dans ses moments d’hallucinations, elle règle ses comptes et livre sa vérité. La scène, enfumée et dans la pénombre, représente le giron familial et rural que fuit l’auteur du Dormeur du Val.

« Tais-toi mon chagrin »

Vitalie Rimbaud, très pieuse, refusa corps et âme, jusqu’à son dernier souffle, l’idolâtrie dont son fils était l’objet. Pourtant n’était-elle pas sa première adoratrice ? La représentation de La Rimb se déroule dans la salle du Lucernaire appelée « Le Paradis ». Nul doute que la mère et le fils Rimbaud s’y sont retrouvés, partageant leur folie et leurs souvenirs champenois.

Visuel : (c) Éclats Rémanence

Live Report : Christine & the Queens et My Brightest Diamond
L’extravagance Van Beirendonck bientôt en vente sur Internet
Amelie Terranera

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture