Théâtre

La Périphérie de Thomas Bellorini se visite à Suresnes

La Périphérie de Thomas Bellorini se visite à Suresnes

18 mars 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans la famille Bellorini, prenez les jumeaux Jean et Thomas, le premier est le nouveau directeur de TGP quand le second mène un sérieux bonhomme de chemin dans sa carrière de metteur en scène. Après son poétique Pinocchio, on le retrouve, au Théâtre de Suresnes dans Á la périphérie, un texte de Sedef Ecer qui pose de façon touchante la question de l’exclusion.

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Il y a au premier regard une scénographie intelligente faite d’amas de bidons métalliques, d’un salon de fortune et d’une colline symbolisée par des échafaudages. Pendant l’entrée du public, à l’étage une musicienne joue de la guitare électrique, un couple patiente. En bas, des ados ou presque sont collés et chantonnent sur le canapé. Si l’endroit est misérable eux ne dégagent aucune tristesse.

Va, à la façon d’un conte qui commencerait par « il était une fois » se dérouler devant nous une seule histoire qui se divise en trois. Il y a Tamar, collants rose et mini-jupe plissée et Azad, hipster sans le vouloir, qui sont scotchés devant l’émission « La sultane du périph » où, la présentatrice promet monts et merveilles à ceux qui sont au fin fond du trou. Il y a Bilo et Dilcha, amoureux fous, pris dans le tourbillon de l’urbanisation de leur colline aux anges et aux djiins, une favela turque. Et il y a Kybelee la tzigane qui protège les bébés grâce à ses amulettes magiques et à ses chansons.

Thomas Bellorini est de ces metteurs en scène qui cherchent le sensible avant l’esthétique. Son plateau est sableux et la musique est omniprésente. Les chants montent et ne peuvent que toucher. Certains ici éclatent littéralement le plateau, Lou de Laâge est lumineuse, Anahita Gohari est captivante. Dans cette « périphérie », Sedef Ecer,  donne la parole aux silencieux. Ce thème, que l’on avait vu magistralement porté, avec plus de radicalité par Caroline Stella dans L’humanité tout ça tout ça est ici placé dans le champ de l’émotion, un peu trop parfois. On ne peut être que saisis d’angoisse par le tourbillon d’horreur inexorable qui s’abat de génération en générations sur ceux qui sont nés du mauvais côté du périph.

Le texte n’épargne rien. Ni les métiers dangereux, les aînés travaillaient pour une usine d’insecticide, les jeunes pour une de sablage de jeans. Les « maisons » sont à la merci de l’Etat qui menace de les raser sans prévenir. On circule dans les époques et les ambiances avec habilité, sans trop savoir au départ ce qui relie entre eux les personnages. Thomas Bellorini sait apporter de la respiration grâce à des scènes vraiment drôles de télé-réalité. Elles le seraient si on ne se rappelait pas que toute cette histoire est vraie.

Visuel : ©Pierre Dolza

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