Théâtre

La mort d’une mouche nommée Duras à la Manufacture des Abbesses

La mort d’une mouche nommée Duras à la Manufacture des Abbesses

09 avril 2013 | PAR Camille Hispard

 

Récit violent et tumultueux des bribes de la vie d’un vieil homme torturé, « La Mort de Marguerite Duras » brille dans sa forme mais peine dans le fond du propos.

Il est là, tapis dans l’ombre Jean-Paul Sermadiras ; derrière ce décor sombre de toiles grisonnantes dressées comme une fatalité obsédante, il surgit dos au public, pieds nus, vêtu d’un costume noir. Un homme seul en scène s’épanche sur la lente agonie d’une mouche. Un reflet brutal de sa propre mort à lui, face à ce petit être pris au piège dans un battement d’aile morbide. Une mouche qui se meurt dans une solitude complète qu’il décide de baptiser Marguerite Duras. Un clin d’œil au Texte Ecrire de l’écrivain française dans lequel elle évoque la tristesse qu’elle approuve face à la mort d’une mouche mais qui symbolise également la violente solitude de Duras. 3h18, la mouche Marguerite Duras est morte et Jean-Paul Sermadiras entame son monologue face public. Son corps est éclairé et ses mains sont bandées d’un linceul blanc ; mais sa figure noircie reste dans l’ombre. L’homme sans visage commence entre peu à peu dans les méandres du récit de l’auteur argentin Eduardo Pavlosky.

Un tourbillon ardent de souvenirs pèle-mêles d’une vie tortueuse et tumultueuse envahit la scène de la Manufacture des Abbesses. Comme des flashs qu’on se prend en pleine face des images du passé s’impriment dans la rétine du comédien qui épouse charnellement le propose de l’auteur. De son enfance déglinguée à ses débuts de cogneur qui impose dans le jeu de Sermadiras des traits à la Belmondo en passant par les orgasmes érotico-trash qu’un dentier de vieux procure à une jeune femme : on plonge dans les flots obscurs d’une pensée asservie par la peur de la mort et de la solitude.

Une grande violence poétique se dégage du jeu de Jean-Paul Sermadiras qui se révèle parfois d’une émotion sourde touchante, dévoilant une douce folie rappelant des grands noms comme John Malkovich ou Anthony Hopkins. Une performance d’acteur servie par la mise en scène diaphane et subtile de Bertrand Marcos qui, au travers d’ombres et de fantômes exulte la sauvagerie du texte dans une sobriété qui fait du bien.

Entrecoupé d’extrait sonore de la voix sensuelle et désarçonnante  d’Anouk Grinberg, le fond de la pièce s’épuise en raison d’une grande banalité dans le propos. La Mort de Marguerite Duras est redondante de clichés sur la solitude d’un homme qui regarde sa vie en face. Un foutraque d’émotions emmêlées qui ne font finalement qu’effleurer le sujet sans jamais entrer profondément dans les abîmes du protagoniste qui reçoit sur sa gueule cassé le couperet du fatoum qui s’abat sur sa vie.

Malgré une mise en scène travaillée nourrie par une belle esthétique et une performance d’acteur remarquable, la pièce ne parvient pas à décoller, clouée aux ailes bien mortes de la mouche Marguerite Duras.

Visuel (c) : Affiche de la pièce. Crédit photo LILI.

La Mort de Marguerite Duras, mis en scène par Bertrand Marcos, avec Jean-Paul Sermadiras au Théâtre des Abbesses.

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Camille Hispard

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