Théâtre

« La Mécanique de l’histoire » : à Yoann Bourgeois la Patrie reconnaissante

« La Mécanique de l’histoire » : à Yoann Bourgeois la Patrie reconnaissante

04 octobre 2017 | PAR Simon Gerard

Yoann Bourgeois investit le Panthéon pour y faire résonner un impressionnant spectacle déambulatoire, dont chacun des éléments éclaire les lieux d’une lumière inédite. C’est en partant de quatre phénomènes physiques — inertie, trajectoire, gravité, énergie — que Yoann Bourgeois donne du concept d’histoire une image fragile et sensible.

On comprend vite via les brochures distribuées et les panels disposés dans le Panthéon que Yoann Bourgeois compte exploiter au maximum la dimension « mouvante » de l’histoire. C’est un retour aux fondements de l’existence, à la triple conception grecque du temps et de son écoulement — ou de son déroulement. Il y a kronos, qui donne à l’enchaînement des événements passés une trajectoire linéaire ; aiôn, vision cyclique des événements ; et kaïros ou « moment opportun », idée d’un temps-constellation fait d’une infinité de points dont l’éclat dépend de la position de chacun. La ligne, le cercle, le point : Yoann Bourgeois profite de La Mécanique de l’histoire pour mettre un trait d’union entre le Panthéon – lourd symbole du patrimoine français – et la rigoureuse légèreté de son art.

Car si les femmes et les hommes font l’histoire, ce sont avant tout des phénomènes physiques qui meuvent les individus : inertie, trajectoire, gravité, énergie. Bourgeois propose un spectacle déambulatoire constitué d’un plateau central – où règne en maître le Pendule de Foucault – aux points cardinaux duquel on trouve quatre dispositifs scéniques et acrobatiques singuliers. Le public est réparti à ces quatre coins et se déplace à la fin de chaque numéro dans un mouvement circulaire qui achève de tisser des liens de complémentarité entre ce que Yoann Bourgeois considère comme les quatre phénomènes primordiaux qui animent l’histoire. Un grand rouage donc, dans lequel le spectateur se plaît à être pris, et dont chacune des dents est huilée d’un sens spécifique.

Les mouvements de l’histoire naissent à la plus petite échelle sociale. L’histoire n’est pas uniquement forgée par une assemblée de grand hommes – dont le Panthéon est le symbole français par excellence – et encore moins par le grand Nous totalitaire des foules et des armées ; si l’histoire se joue, c’est bien dans la rencontre entre deux individus, dans les trajectoires de vie des foyers, dans l’apprentissage par la chute, dans l’élan vital d’un être humain vers ses rêves. L’Histoire – avec un grand h – est la mise en commun des histoires individuelles de tout-un-chacun. Le caractère intimiste des scènes qui articulent La Mécanique de l’histoire exprime parfaitement cette idée : un plateau branlant sur lequel oscillent une table, deux chaises, un homme et une femme en dit long sur l’équilibre précaire du couple et sur l’effort commun et simultané qu’il est nécessaire de mettre en œuvre pour ne pas sombrer. C’est l’effet papillon, ou quand le plus grand des cataclysmes participe du plus petit des événements.

 

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Simon Gerard

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