Théâtre

La Maison de Thé, dans la roue culturelle de Meng Jinghui au Festival d’Avignon

La Maison de Thé, dans la roue culturelle de Meng Jinghui au Festival d’Avignon

10 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Festival d’Avignon, la star chinoise Meng Jinghui met en scène l’iconique texte de Lao She, cet auteur chef de file de la révolution culturelle, mort assassiné en 1966.

Chen Lin, Chen Minghao, Ding Yiteng, Han Jing, Han Shuo, Li Jianpeng, Li Jingwen, Liu Chang, Liu Hongfei, Qi Xi, Sun Yucheng, Sun Zhaokun, Tian Yu, Wang Xinyu, Wei Xi, Zhao Hongwei, Zhang Hongyu, Zhang Juncheng, Zhang Zhiming, Li Xiaojun, Li Yibo, et Wang Chuang sont sur scène, tous à différents niveaux, ils occupent l’immense roue en métal qui s’empare de tout l’espace.

Ils hurlent face à nous en noir et blanc. Seul le patron de cette maison de thé est en gris, symbolisant son statut de travailleur. Assaillis par les cris, on entre difficilement dans cet univers 100% chinois. Nous sommes à la lisière du XXe siècle, l’Empire va chuter, mais ici, normalement, on se garde de « parler des affaires d’État ». Pourtant, dans ce lieu classique de la sociabilité, toutes les classes sociales se croisent, certains s’opposent aux réformes, aux étrangers ou au pouvoir féodal de la dynastie.

Nous avançons en même temps que la roue tourne à travers le temps. L’Empire, la République, la Révolution sont traversés avec un accent fortement porté sur la misogynie et les maltraitances faites aux femmes. L’une d’elles est découpée comme le faisaient les Japonais sous leur occupation, d’autres, des paysannes, sont vendues.

La façon dont Meng Jinghui a pu monter et amener ce spectacle reste un mystère. Il adapte le texte d’un auteur pro-Mao mais non marxiste, officiellement « suicidé » en 1966. Compte tenu du contrôle des œuvres en Chine, il est étonnant qu’une pièce de satire historique passe les murs. On vit donc trois heures avec ces comédiens hurlants, qui sont tous de jeunes metteurs en scène, dans une sensation de totale incompréhension.

C’est la première fois que cet artiste est montré en France mais il est très connu ailleurs. En Chine, son Théâtre du Nid d’abeille compte 300 représentations par an. Le côté « Lost in translation » n’est pas pour nous déplaire, c’est même cela que l’on vient chercher à Avignon : voir ce que l’on ne peut pas voir ailleurs, et qu’on ne verra pas ailleurs. Il y a cette sensation de choc interculturel face à une façon de jouer à la Macaigne mais dans un geste de pop culturelle. La musique est présente ici sous la forme d’un groupe composé de Li Xiaojun (chant et cheveux bleus), Li Yibo (batterie) et Wang Chuang (guitare et basse).

Ce choc des mondes est au cœur de la pièce qui montre comment les grands changements avancent dans un lieu qui lui reste fixe. Au travers des trois principaux personnages : le barman, la femme et l’homme d’affaire, on aperçoit des axes forts de cette civilisation en comprenant qu’on ne la connaît vraiment pas. Une expérience réelle, aride, mais totalement étonnante.

 

Jusqu’au 20 juillet-Opéra Confluence-Durée 3H

Visuel : La maison de thé – © Meng Theatre studio

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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